jeudi, avril 02, 2015

New York, New York!



"These streets will make you feel brand new
Big lights will inspire you
Let's hear it for New York, New York, New York" (Jay-Z)

À cette heure-ci demain, je devrais être à Times Square. 

Je suis allée à New York pour la première fois il y a 30 ans, j'ai peine à y croire. J'étais en secondaire 4 et j'avais profité d'une annulation pour m'insérer dans le groupe de secondaire 5 qui faisait un voyage culturel à New York, en 1985. 
Je garde plusieurs bons souvenirs de ce séjour. Je marchais plus vite que tout le monde, je m'en rappelle. Moi qui étais toujours la plus lente et la plus poche en éducation physique voilà que je devançais le groupe. C'était comme si je volais, comme si un nouvel univers se dévoilait à moi et que je voulais le découvrir le plus vite possible. Je me souviens de mon arrivée tout en haut de l'Empire State Building. C'était comme si la grosse pomme m'appartenait. Moi qui avais normalement le vertige, je n'avais pas du tout peur. À New York, je ne craignais plus rien. 
J'y suis retournée depuis à quelques reprises, entre autres pour y célébrer mes 40 ans. Quoi de mieux pour soigner une "Middle Age Crisis" que de marcher dans Greenwich Village, de faire le party dans un beau loft blanc et d'aller souper dans un resto du Meatmarket aperçu dans Sex and the City? Rien, il n'y a rien de mieux pour moi, je vous le dis.
Demain, je redécouvrirai ma ville préférée en la voyant à travers les yeux des 51 étudiants que j'aurai la chance d'accompagner. Je nous souhaite bien sûr du soleil, pour se remettre de cet hiver qui ne finit plus de finir, mais je nous souhaite aussi de nous émerveiller de tout ce que nous allons voir, entendre et sentir. 
Pour ma part, j'espère prendre le temps de m'arrêter quelques minutes dans Central Park, de faire comme John Lennon et de regarder le carrousel de la vie qui ne cesse de tourner en respirant lentement. 
Je n'y suis pas encore, mais New York m'inspire déjà par sa promesse de liberté. Parce qu'à New York, la liberté c'est beaucoup plus qu'une statue, c'est un état d'esprit que j'ai très hâte de retrouver. 

vendredi, novembre 14, 2014

La fugueuse tranquille

Semaine difficile à la job. Je vous épargne des détails qui ne vous intéresseraient pas de toute façon. Si vous avez occupé un emploi plus d’une semaine dans votre vie, vous connaissez la rengaine : des changements qui s’en viennent, des employés stressés (avec raison), du pouvoir à négocier. Dans le cas du merveilleux monde de l’éducation, s’ajoute au stress normal la pression liée à la fin de session qui approche. Non, je n’aurai pas le temps de tout voir et je devrai courir pour arriver à la ligne d’arrivée. Mes étudiants seront parfois à la dernière minute, parfois découragés, parfois épuisés, parfois même en crise. Je vais arriver à la fin fatiguée et excédée par des demandes d'étudiants full techno, mais qui n'ont jamais d'encre dans leur imprimante la journée de la remise des travaux. J'aurai besoin de prendre un verre pour célébrer la fin de la session, mais je ne saurai pas quoi porter au party de Noël, comme d'habitude.  "It's the most wonderful time of the year". La personne qui a écrit ça n'était certainement pas un prof en fin de session. 

L’année dernière, à ce temps-ci, j’étais à Melbourne. Je profitais de la fraicheur du sud de l’Australie, de ses excellents flat white et j’apprenais à connaitre ce magnifique pays en le visitant avec des gens plus sympathiques les uns que les autres. Les petits plaisirs se trouvaient à chaque coin de rue. La mer n’était jamais trop loin et je respirais bien de nouveau, après des mois vécus dans la chaleur étouffante du sud de l’Asie.

C’est facile de se gâter, en voyage. On a juste ça à faire et notre vie est dédiée à la recherche de ce qui nous fera plaisir. Bien sûr, le parcours de voyageur n’est pas toujours aussi Happy que le chante Pharrell Williams, mais il y a une joie réelle à dépasser les nouvelles embûches que la vie dresse sur notre chemin. Si vous voulez mon avis, le difficile est plus facile à supporter en voyage qu’ici. Je n’étais pas bien à la mosquée de Kuala Lumpur, mais je savais que je sortirais de cet endroit et que j’enlèverais vite ma laide burqa mauve. Je ne peux pas me sauver aussi facilement de ce qui m’irrite, ici.  Je dois affronter la vie alors qu’il est souvent plus facile pour moi de m’en sauver. Pas difficile à comprendre pourquoi j’aime tant voyager. Quelle belle fuite. Quelle jolie fugue.

Ne vous inquiétez pas, je vais quand même bien. Je suis indignée par ce qui se passe dans mon Québec nouvellement austère, j’ai eu peur lors des évènements d’Ottawa il y a quelques semaines et je me pose de solides questions sur mon avenir professionnel, mais sommes toutes, j’aime quand même ma vie. J’arrive à supporter le difficile, à mon travail, grâce aux mini-trucs que voici, qui sont en fait, souvent des mini-fuites:
    

  • J’ai une belle toile bleue peinte par Alix Parisien. Celle-ci m’apaise. Elle me fait penser à la mer et me permet de rêver à la prochaine fois que je me baignerai dans celle-ci au Maine, un jour.
  • Je me suis acheté du très bon café Starbucks et je m’en fais une tasse presque chaque jour. Ce n’est pas un café de Vienne, mais c’est meilleur que celui de la cafétéria. Je me suis aussi acheté des mini-cannettes de Perrier au pamplemousse (qui me font penser à la France) et des succulents speculoos venus directement des Pays-Bas. Quand j’en mange un (souvent avec mon collègue Sorin), je me sens de retour à Rotterdam, le temps de quelques bouchées.
  • Quand je le peux, j’écoute Radio 2. Ça me fait du bien d’écouter Julie Nesrallah et Tom Allen. Ils sont toujours de bonne humeur et je ne me lasse pas de leur voix chaleureuse. Je ne les écoutais pas en voyage. Ici, ils me sont essentiels.
  • Je me suis acheté des post-it et de beaux stylos qui écrivent bien. Parce que je suis restée une petite fille de 10 ans qui jubilait en entrant dans une papeterie. Je possède l'intime conviction que mes phrases sont plus intéressantes quand je les écris avec un beau stylo. C’est irrationnel, mais c’est comme ça. 


Je sais bien que de boire un café ou de manger un biscuit hollandais ne règlera rien. Je sais bien que je ne pourrai comprendre ce qui se passe dans mon école et dans ma province en regardant le bleu du tableau d’Alix et je sais aussi qu’un crayon ne donne pas nécessairement le courage d’écrire ce qui est difficile à dire, mais ces petits trucs de rien m’aident quand même à aimer mes journées, car ils me permettent de respecter l’introvertie qui est en moi et de fuir pour quelques instants une réalité qu’il m’est parfois difficile de supporter. Et quand ça devient vraiment ardu, je rêve à ma prochaine fuite en Nouvelle-Zélande, au Japon et au Népal, dans quelques années d’ici, si tout va bien. 

Je suis une fugueuse tranquille. C’est ma façon de survivre. Même en fin de session. "Tu n'as pas d'encre pour imprimer ton travail? Va à la bibliothèque, il y a des imprimantes...", que je dis, après avoir bu un bon café, tranquille. Ou encore: "Oui, les travaux seront corrigés d'ici la semaine prochaine, laissez-moi juste m'enfermer dans une pièce avec un beau crayon et Radio 2 et je peux faire des miracles." Et oui, j'arriverai à Noël en même temps que tout le monde. Après quelques fugues bien méritées. 

mardi, juin 03, 2014

Point final

Il est 6h15 du matin et je ne dors plus depuis 5h. Notre avion ne part qu'à 13h30 et mes bagages sont prêts. Que faire? Ça fait des jours que je me dis que je dois écrire ce texte et ainsi mettre un point final à la belle aventure que fût notre voyage autour du monde. Si je n'étais pas capable de me résoudre à écrire, c'est probablement parce que des sentiments contradictoires m'habitent. Nous avons tellement vécu de choses et cette année a passé si vite. Je voudrais à la fois rester à Paris six mois et rentrer chez nous le plus vite possible afin de revoir mon monde et me retrouver dans mes affaires.

Je viens de relire l'entrée de blogue que j'ai écrite au tout début de notre voyage. Essentiellement, je disais que je ne savais pas trop pourquoi je partais et que, probablement, je trouverais des réponses à quelque part sur ma route.

Avec du recul, je sais maintenant un peu plus pourquoi j'avais besoin de partir pour longtemps.

Pourquoi suis-je donc partie?

  • Pour prendre de l'air: ma vie de prof et ma personnalité font de moi quelqu'un de très sédentaire. J'avais besoin de marcher au grand air et de me sortir de mon bureau, de mon salon, de mon école et de ma maison. Se lever à 4h du matin pour aller marcher sur des dunes, ce n'est pas ce que je fais chaque jour, mais ça fait beaucoup de bien, au corps et à l'âme.
  • Pour prendre mon temps: la vie va parfois si vite que je n'ai pas toujours la chance de la savourer. Entre deux copies à corriger et un cours à préparer, je me sens souvent pressée. En voyage, le temps m'appartient. Je peux lire, écrire, niaiser sur internet sans me sentir coupable de ne pas travailler. J'aurais souhaité avoir encore plus de temps pour moi. Nous avons trop fait de voyages organisés. Si c'était à refaire, j'insisterais pour que nous passions un mois sur une île. Nous avons passé deux semaines à l'Ile Maurice. C'était très bien. Un mois à Santorini, ce serait extraordinaire, non?
  • Pour ne pas vieillir: bien sûr, c'est impossible, de ne pas vieillir, dans son corps du moins. C'est de moins en moins facile de traîner mon gros sac à dos et je m'adapte moins bien au manque de sommeil qu'avant. Quand même, voyager m'aide à rester alerte. J'apprends quelque chose à peu près chaque jour et, quand je me pense bonne, un nouveau défi vient me réveiller et me dire que j'en ai encore à apprendre. Nos rocambolesques aventures dans nos voitures de location prouvent que je ne maitrise pas encore cet aspect du monde du voyage.
  • Pour me sortir de moi: je n'aurais jamais crû que je serais capable de faire du camping en Afrique durant 45 jours. Je me suis rongé les sangs pendant des mois en me disant que je n'y arriverais pas. Pourtant, j'y suis arrivée. Oui, il y avait des lions qui rôdaient la nuit, de la chaleur, de la pluie et un groupe pas toujours facile, mais je n'ai pas baissé les bras. Je n'irais pas jusqu'à faire du parachute, mais je sais que je peux gravir de petites montagnes, en prenant mon temps et en ne me décourageant pas.
  • Pour être avec Mathieu: c'est fantastique de voyager avec Mathieu. Il est drôle, organisé et intelligent. C'est grâce à lui que nous avons visité l'Afrique du Sud, la Namibie et l'Indonésie, trois de nos coups de coeur, cette année. Si ce n'était que de moi, nous ne sortirions pas beaucoup de l'Europe... Dans notre vie à la maison, nous sommes souvent très occupés. Là, nous avions tout le temps du monde pour être ensemble. Je ne vous dirais pas que c'était toujours facile. Quand le GPS nous lâchait ou que j'avais de la misère à monter notre tente, nous avons vécu des instants pas évidents, mais nous nous parlons et apprenons, chaque jour, à vivre avec les forces et limites de l'autre.
  • Pour mieux comprendre le monde: je ne connais rien du monde, je le sais maintenant plus que jamais. Ce n'est pas assez de lire Le Monde et de regarder BBC World. Passer un mois dans le sud de l'Inde m'a permis de voir que, encore aujourd'hui, la femme n'occupe pas une place de choix dans ce pays. En Malaisie, j'ai eu de la peine en voyant de la résignation dans les yeux de nombreuses filles voilées. En Indonésie, par contre, les femmes musulmanes semblent plus épanouies. Il me reste tant à apprendre que je devrai repartir bientôt!
  • Pour goûter à la vie: hier matin, je suis sortie de l'appart que nous louons dans le 14ième arrondissement de Paris et je suis allée me chercher un croissant qui venait de sortir du four. Après, j'ai bu, dans un café un peu plus loin sur la rue, un excellent grand crème. Du très bon boeuf australien au Singapore Sling (bu à Singapore) en passant par d'excellentes paellas mangées en Espagne et de succulents vins d'Alsace, que de plaisirs pour mes papilles, mes narines et mes yeux. J'ai bien sûr aimé visiter le Guggenheim à Bilbao et le Prado à Madrid, mais j'ai aussi adoré goûter aux délices de chaque pays que nous avons visités.            


Voilà. Il est 7 heures. Je vais aller me chercher un dernier croissant. Merci à vous si vous m'avez lue, cette fois-ci et d'autres fois. Vous partager ce que j'ai vécu m'a aidée à mieux me comprendre dans ma dramaturgie, comme le chante Daniel Bélanger. Je vais peut-être continuer à écrire. Je ne le sais pas trop. Ce que je sais, c'est que nous repartirons  en 2019-2020 et que je retrouverai alors ce journal de voyage virtuel.

En attendant, il y a une job fantastique remplie de défis, ma famille et mes amis, des excellentes séries de télé, des films à profusion et des bons livres qui m'attendent. Et j'ai même entendu dire qu'il y a un nouveau Starbucks aux Promenades de l'Outaouais. Ça vaut bien Paris, tout cela, non?

dimanche, mai 25, 2014

Une Alsace en pain d'épices

En 2007, j'ai eu la chance de visiter l'Alsace avec mes parents. Nous demeurions dans une belle grande maison, dans un minuscule village. Il y avait des fleurs partout et la campagne respirait le calme. Au supermarché, il n'y avait pas de musique et les gens chuchotaient. Le soir, nous buvions un petit verre de Riesling en mangeant de la baguette et du Munster. Ce sont ces souvenirs qui m'ont donné le goût de revenir ici pour passer une semaine paisible, peu avant notre retour chez nous.

Premier jour de visite à Colmar, je me sens bien. Les maisons colorées sont magnifiques, les canaux de la petite Venise charmants, la tarte flambée, mangée dans un bon resto tranquille, succulente. Il y a pas mal de touristes, mais ce n'est pas grave. L'air est doux et il fait bon visiter cette petite ville et la faire découvrir à Mathieu.

Après dîner, nous décidons de partir pour Eguishem, nommé plus beau village de France, en 2013. C'est là que le charme cesse d'opérer. Les maisons à colombage datant de trois siècles y sont toujours et les roses sont éclatantes de beauté, pourtant. Je me sens étouffée, entre les groupes d'âge d'or et le petit train qui permet aux personnes à mobilité réduite de faire le tour du village sans trop se fatiguer. Il n'y a aucun jeune à l'horizon. Partout, des gens qui prennent des photos, qui achètent des toutous de cigogne, des macarons aux bleuets, du crémant d'Alsace ou du sirop à la fraise vendu dans des bouteilles en forme de bonhomme de pain d'épices.

C'est comme si j'étais dans le pavillon de l'Alsace de Disneyworld. Je suis bel et bien dans le plus beau village de France, mais celui-ci ne semble pas habité par aucun Eguisien. Il n'y a pas de dépanneur, pas d'épicerie, pas de quincaillerie. Et c'est la même chose à Riquewihr et à Kayserberg, classés parmi les plus magnifiques de l'Hexagone, et visités les jours suivants. Partout, des madames contentes de voir des coussins ornés de petits chiens et de manger de la choucroute. Partout du sucre d'orge, des gâteaux, des friandises. Tout ce glaçage me donne le goût de vomir et même le plus sec des Riesling, servi comme il se doit très frais, bu sur une charmante terrasse, n'y change rien. Je veux me sauver. Donnez-moi une slum de Bombay, un township d'Afrique du Sud ou un bidonville d'Haïti. Un autre plus beau village de France,par contre, pas capable, désolée.

À Riquewihr, huit autobus stationnés attendent les 400 touristes qui y sont arrivés et qui en repartiront au même moment. Parce que la haute saison n'est pas encore débutée, seuls les restos de la rue principale sont ouverts. Pas moyen de trouver un endroit tranquille pour lire ou parler doucement. Un concentré de cute, de charming et de sweet envahit les villages. Que du lisse. Rien à voir avec l'Alsace que je souhaitais revoir.

Que faire? Rester enfermée dans mon appart en pleurant le pays de mes souvenirs et en me saoûlant au Pinot Gris? Passer mon temps sur Facebook à regarder la vie palpitante de mes amis défiler sous mes yeux? Développer une rage sourde qui me donnerait envie d'enfarger toutes les dames qui marchent trop lentement devant moi? Me sentir coupable d'avoir trainé Mathieu dans ce monde édulcoré fait de dentelles brodées et de choux à la crème? J'ai ressenti un étrange malaise, que je veux tenter de comprendre. D'habitude, les fleurs et le cute, j'aime ça, moi, pourtant. Il y a quelque chose qui ne marche pas, le charme n'opère pas.

Je pense qu'il est temps que mon grand voyage finisse. Je vous l'ai déjà dit, je n'en peux vraiment plus de la vie de touriste. Plus capable de voir les mêmes dames qui trainent de force leur mari, les mêmes salons de thé, les mêmes cartes postales, les mêmes bateaux-mouches remplis des mêmes Asiatiques qui ne cessent de s'extasier et de tout photographier.

J'aime voyager, mais je ne suis plus capable d'entrer dans le moule imposé par l'activité touristique. Toujours vouloir voir, goûter, visiter ce qui est typique, unique à un endroit amène tout le monde à la même place, à bord du même petit train, écoutant le même commentaire répétant à l'infini des informations dont je n'ai rien à foutre. Voir la relique de Sainte-Richarde préservée depuis le Moyen-âge dans un reliquaire d'argent? Je m'en sacre. Parlez-moi de ce que vivent vos adolescents, dans cet univers où ils sont complètement absents. Parlez-moi de vos immigrants. Où sont-ils? Parlez-moi de vous, tels que vous êtes aujourd'hui, de votre chômage et de votre peur des prix qui ne cessent d'augmenter. Vous l'aimez, vous, François Hollande? Marine Le Pen, elle vous fait peur autant qu'à moi?  Là-dessus, c'est silence radio. Les plus beaux villages de France sont restés coincés entre le Moyen-âge et la Renaissance. Il n'y a rien de cool, hip, young and fresh ici. Et c'est une vieille de 43 ans qui le dit...

Je pense que ma réaction allergène vient de ma peur de vieillir et de ne plus pouvoir, un jour, voyager de manière autonome, comme je le fais aujourd'hui. Est-ce que, lorsqu'on vieillit, on devient automatiquement amoureux des anges roses et des napperons fleuris? Je ne le crois pas, car je connais plusieurs personnes inspirantes qui ne sont pas devenues ainsi en avançant en âge. Je vois quand même ces centaines d'hommes et de femmes d'un âge vénérable et je me dis que ces personnes-là ont vécu Mai 68, la révolution sexuelle et tous les bouleversements sociaux des années 60 et 70. Et c'est là qu'elles en sont? À s'extasier en faisant un tour de calèche et en ne sortant surtout pas du circuit prescrit par leur guide, qu'elles suivent aveuglément? Vais-je être ainsi, plus tard, infantilisée et suiveuse? Plutôt rester chez moi, je crois.

Pour me sortir de ma névrose, il y a eu le petit village d'Andlau, niché entre des vignobles, mais un peu en retrait de la Route des vins et surtout, mentionné sur aucun palmarès. C'est fascinant de voir à quel point on respire en sortant du circuit touristique convenu. Il n'y a presque personne, c'est silencieux et on voit des gens de la place qui discutent doucement entre eux. Il n'y a aucun toutou de cigogne ni pâtisserie typique, mais on sent la vraie vie, celle qui dépasse, celle qui s'engueule, celle qui écoute de la musique américaine et qui mange autre chose que des tartes flambées et de la quiche lorraine. Elle est là, la clé du bonheur de la voyageuse fatiguée que je suis, sortir du circuit et me perdre dans des chemins que personne ne fréquente, les routes en pente un peu moins typiques mais ô combien plus belles.

Rassurez-vous, malgré ma petite montée de lait, mon séjour en Alsace est très agréable. La chance que nous avons, c'est de rester dans un appart qui appartient à une sympathique  famille alsacienne à Artzenheim, un minuscule village près de Colmar. Magda, la dame qui nous accueille, nous apporte des cerises et de la laitue du jardin d'une de ses amies. Des fois, elle monte jaser avec nous. C'est un peu comme si elle était une bonne voisine que nous connaissons depuis de nombreuses années. Jeudi soir, sa petite famille est venue prendre l'apéro avec nous. Simplement, nous avons discuté avec enfants et parents d'école, de religion, de conduite automobile et de toutes sortes de choses, en mangeant des chips et des pretzels. Cet aspect de notre séjour alsacien est extraordinaire.

Nous avons aussi eu la chance de diner avec notre amie Sylvie et sa soeur Josée, vendredi. Nous sommes restés attablés de 11h45 à 17h à jaser, jaser et jaser. Le Riesling était excellent et les asperges, de saison, sublimes. N'y a-t-il pas plus typique, comme activité française, que de parler des heures et des heures, autour d'un bon repas?

Nous partons pour Strasbourg demain. Mon séjour en Alsace m'apprend que je suis un peu plus rebelle que je ne le croyais. Ne vous inquiètez-pas, je n'enfargerai jamais une personne âgée qui marche trop lentement et qui s'extasie devant chaque pivoine. Je respecte ces gens qui ont travaillé toute leur vie et qui se payent aujourd'hui le luxe de suivre un tracé qui fait en sorte qu'elles n'ont plus à se préoccuper de rien. J'espère seulement avoir la santé physique et mentale nécessaires pour sortir le plus longtemps possible de ce chemin et faire ce que je veux, loin des foules et des coeurs en sucre et le plus près possible de la vie, encore plus belle lorsqu'elle est croche et raboteuse. J'espère toujours pouvoir choisir d'aller où aucun petit train ne pourra m'amener.

lundi, mai 12, 2014

Lundi matin

"Every other day, every other day,
Every other day of the week is fine, yeah
But whenever Monday comes, but whenever Monday comes
You can find me cryin' all of the time"
Monday, Monday (The Mamas & The Papas)

"It's just another manic Monday
I wish it was Sunday
'Cause that's my funday
My I don't have to runday
It's just another manic Monday"
Manic Monday (The Bangles)

"Tell me why
I don’t like Mondays
Tell me why
I don’t like Mondays
Tell me why
I don’t like Mondays
I wanna shoo-oo-woo-woo-woo-oot the whole day down"
I Don't Like Mondays (Boomtown Rats)

Trois chansons parlant du lundi. Lundi déprime, lundi agite, lundi opprime tellement qu'on a le goût de le tirer.

On est lundi matin. Je ne pleure pas, je ne regrette pas que la fin de semaine soit terminée et je n'ai surtout pas le goût de tirer sur quoi que ce soit. Pourtant, dans ma vie "normale" de travailleuse, je ne me sens pas si bien que ça, le lundi matin. Une fois arrivée à l'école, ça va. Pour m'y rendre, c'est une autre paire de manches. J'ai de la difficulté à me lever, ça me prend des heures à me préparer, je lis mon journal jusqu'à la dernière minute. Je veux prolonger la fin de semaine à l'infini, car je n'accepte pas qu'elle soit déjà terminée.

Ce matin, je ne me suis pas sentie ainsi. Je me suis réveillée à 7h, sans cadran. Je me suis levée calmement. J'ai déjeuné tranquillement en discutant avec Mathieu. J'ai pris une bonne douche chaude en profitant bien des dernières gouttes de mon gel à la grenadine acheté en France. Nous ne pouvons entrer dans notre appart de Bruges que vers 15h et Rotterdam est encore nuageuse. Nous avons donc décidé de mettre nos bagages dans la Peugeot et de profiter de nos dernières heures en terre néerlandaise en passant du temps dans un sympathique café situé juste en face de l'appart que nous avons dû quitter à 10h. J'ai lu mon Guardian du samedi en buvant un excellent flat white et en écoutant Joni Mitchell chanter ses jours passés dans des sombres cafés. C'est lundi et j'aime ma vie.

Pourtant, j'aime aussi ma vie à Gatineau. Pourquoi le lundi est-il donc plus assimilable à une corvée qu'au nouveau départ rempli de promesses que représente une semaine qui commence? Pourquoi suis-je souvent incapable de me sentir, comme le chante Daniel Bélanger, "Plus forte plus vraie, à demi-invincible", le lundi matin?

Je crois que le secret d'un lundi matin réussi réside dans la qualité de la nuit qui le précède.
Ça fait si longtemps que je ne mène pas une vie de travailleuse que j'ai oublié, hier, que nous étions dimanche soir. Je ne me suis pas dit, en me couchant, "Ah mon Dieu, cette fin de semaine a passé tellement vite", parce que, pour moi, semaines et fin de semaines se ressemblent. Cet absence de stress ne survient pas magiquement. Je suis quand même une insomniaque chronique, je ne dois jamais l'oublier. Si jamais je fais une folie, comme boire un café après souper, par exemple, je serai incapable de m'endormir, à l'étranger comme chez moi.

Voyage n'égale donc pas sommeil. Il m'arrive de mal dormir, cette année. Je suis souvent préoccupée lorsque je dois me lever très tôt ou lorsqu'une journée de transport m'angoisse, par exemple. Si je veux bien dormir, je dois avoir une bonne hygiène de vie: marcher au grand air, ne pas trop lire de trucs stimulants sur mon ipad au lit, ne pas écrire de blogue le soir, éviter de manger du chocolat noir comme dessert et, surtout, ne pas trop m'en faire avec le nombre d'heures de sommeil que j'aurai. C'est un combat quotidien. Si je regarde ce lundi matin, je peux dire qu'il a été bien préparé par mon bon dimanche. Hier, nous sommes sortis, nous avons marché dans la superbe ville de Delft. Nous avons mangé une bonne soupe réconfortante pour souper et puis j'ai lu de bonnes histoires d'Alice Munro en écoutant "Jazz for Reading" sur Songza. C'était dimanche soir et j'ai bien dormi. C'est lundi et je suis en pleine forme.


Mon souhait? Que de retour à ma vie de travailleuse qui doit se lever le lundi matin, je puisse mieux vivre dimanches soirs et lundis matins. Que ma vie soit plus "It's a new dawn, it's a new day, and I'm feeling good" que "Manic Monday". 

lundi, mai 05, 2014

La paix

Je vous écris à bord du train qui nous amène d'Innsbruck, en Autriche, à Strasbourg, en France. Dans une heure environ, nous serons à Zurich... pour 20 minutes. Si ce n'était que de moi et si la Suisse n'était pas hors de prix, j'y passerais bien 20 jours. Pas grave, on va ramasser notre argent et y aller, éventuellement. Nous ne serons pas à plaindre, loin de là. Après avoir pris possession de notre (espérons, petite) voiture chez nos bons amis de chez Enterprise, nous nous dirigerons vers les Pays-Bas, puis vers la Belgique afin d'être de retour en Alsace puis à Paris. La fin de notre belle épopée est proche et nous rêvons déjà à nos futures odyssées.

Je ne vous écrirai pas tout ce que j'ai appris de ce voyage-ci et ce que je devrais retenir en vue de la planification du prochain, mais je vais me concentrer sur quelque chose dont je suis certaine, maintenant plus que jamais: j'ai besoin de paix, intérieure et extérieure. Ce que dont je veux parler n'est pas de la paix comme absence de guerre. Tout le monde a besoin de vivre dans un climat de sécurité exempt de conflits, il n'y a rien de bien original là, ça fait même partie des droits de l'homme. Je veux plutôt vous confier à quel point j'ai besoin de silence, de calme, de sérénité. Sur ce point, je sais que ce n'est pas tout le monde qui me ressemble. Je connais plusieurs personnes qui ont besoin de sensations fortes pour sentir qu'elles existent. Il n'y a rien qu'elles aiment mieux qu'un film d'horreur, qu'un saut en parachute ou qu'une vie remplie de surprises et de rebondissements. Elles aiment le bruit, le mouvement, la brillance du soleil. Elles rêvent de feux d'artifice et de chutes Niagara. Moi, je rêve d'une vie de chandelles et de petits ruisseaux.

Je veux être claire, je ne veux pas d'une vie grise et morne. Je ne tiens pas à vivre une vie routinière, loin de là. Je désire une vie calme. L'Autriche, où je viens de passer un peu plus d'une semaine, me permettra d'illustrer mes propos.

Je suis dans un train autrichien en ce moment. Personne ne parle, tout le monde lit ou contemple le fantastique paysage. Il y avait le même genre de calme à la gare. Presque pas d'annonces au micro. On est loin de la France, où l'arrivée de chaque train est annoncée deux ou trois fois, sans parler de ces nombreuses consignes vocales qui nous invitent à constamment faire attention à nos bagages, à ne pas s'enfarger dans la marche ou à s'éloigner de la rame car un train arrive. En Autriche, il y a des panneaux qui expliquent tout cela et ils sont traduits en anglais partout. On attend donc son train en silence ou en parlant discrètement à son voisin. La paix.

Même chose au restaurant. Dans la pension où nous demeurions, près d'Innsbruck, il y avait un beau petit resto. Le premier soir de notre séjour, je me suis inquiétée en voyant une famille composée de 4 adultes et de 4 enfants attablée près de nous. Eh bien j'ai eu peur pour rien, car j'ai pu manger mon risotto aux épinards dans la paix totale. C'est pas compliqué, les adultes chuchotaient aux enfants, qui parlaient eux-mêmes d'une façon très discrète. De nouveau, la sainte paix.

Je pourrais vous donner un tas d'exemples de silences apaisants: au supermarché, à la pharmacie, dans les magasins à rayons, dans les cafés. Partout, c'est calme, lent, respectueux. On dirait que ce pays est une grande bibliothèque ou une église d'autrefois. Dans un monde qui n'arrête pas de communiquer, ce silence est rafraîchissant. Les seuls endroits où cela ne se passe pas ainsi sont les lieux à vocation uniquement touristique. Là, ça parle fort. Je les fuie autant que possible.

La paix des lieux est donc garantie à peu près partout en Autriche. Qu'en est-il de la paix intérieure? Voyager peut être angoissant, vous le savez sûrement. Est-ce que le train va arriver à l'heure, est-ce que les horaires d'autobus sont valides? Vais-je trouver le bon quai? Si vous lisez le blogue de Mat, vous savez que nous n'avons pas pris le même train, en Espagne. C'est extraordinaire l'Espagne, ses oranges, sa sangria, ses tapas et ses tableaux, mais pour la clarté des indications offertes dans les gares, on repassera. Pour une personne faisant un tant soit peu d'anxiété et n'ayant pas été capable d'apprendre à parler espagnol, ce manque de clarté effraie, énerve, exaspère même, parfois. En Autriche, tout est clair, droit, fiable. On peut se fier à l'Autriche. Jamais elle ne nous mentira. Toujours, elle tiendra parole.

L'Autriche est-elle un paradis terrestre pour autant? L'Histoire nous apprend que non. Hitler est quand même né ici et le nazisme a proliféré dans ses vertes collines. Difficile de comprendre comment toute cette haine a pu se développer dans des lieux aussi bucoliques. Comment peut-on faire autrement que de vivre en paix lorsqu'on est ainsi entouré de neiges éternelles, de prés verdoyants et d'oiseaux qui gazouillent au-dessus de champs d'edelweiss? Mystère. Je n'y comprends rien. Peut-être que les habitants de ce pays ont tellement adoré sa beauté qu'ils ont voulu la garder pour eux. Je n'en sais rien.

J'ai changé de train. Je suis en ce moment dans celui qui m'amènera à Mulhouse, en France. C'est le retour des consignes de la dame de la SNCF. Elle me dit toutes sortes de choses que j'aurais pu lire, calmement. Un bébé pleure, j'entends une petite Française crier à sa mère "Je sais que j'ai raison, j'ai toujours raison, il va encore pleurer maman, moi je connais ça maman". J'adore la France, c'est un formidable pays, mais je me sens parfois plus près du calme autrichien que du caractère latin de plusieurs de mes ancêtres. Il ne faut surtout pas généraliser. On ne peut dire que tous les Autrichiens sont calmes et que les Français sont stressés et expressifs. On peut, par contre, sans tomber dans les stéréotypes réducteurs, affirmer que la parole est beaucoup plus présente en France (et au Québec) que dans les pays germaniques.

Il n'y a pas de culture supérieure à l'autre. D'une façon toute relative, je peux facilement établir mes besoins et préférences. Cette semaine autrichienne m'a permis de vivre au calme et je sais que c'est ce à quoi j'aspire à ce moment de ma vie. Est-ce que je retrouverai ce même calme à Rotterdam, Bruges et Bruxelles? J'ai bien hâte de voir.

Le calme est revenu dans le train Zurich-Mulhouse. La dame de la SNCF n'a plus de consignes à donner, le bébé ne pleure plus et sa soeur a arrêté de dire à sa mère qu'elle connait tout. Pour combien de temps? Je vais en profiter pour lire un peu, dans le calme et dans la paix de ce beau lundi après-midi de voyage.

jeudi, avril 17, 2014

Le goût de voyager

Pour tout vous dire, à la fin de mon séjour à Lyon, je commençais à en avoir assez de la vie de touriste voyageuse à plein temps. Plus le goût de communiquer avec les hôtesses Airbnb qui voulaient savoir à quelle heure nous allions arriver, de marcher de la gare à l'appart avec mon gros sac à dos, de me promener dans des rues pavées de pierres entourée d'écoliers criards, de visiter des musées, presque plus envie d'aller au cinéma. Les seules choses qui me branchaient un peu restaient la télé française, l'excellentissime Côte du Rhône que nous trouvions pour 5 euros au supermarché du coin et les fantastiques librairies usagées Gibert Joseph. Notre gentille hôtesse Airbnb nous avait parlé avec enthousiaste des brasseries Paul Bocuse de Lyon. J'avais bien envie d'y aller, mais le coût des plats m'a vite ramenée sur terre. Le Lyon du gastronome, ce serait pour une autre fois.

Je suis donc arrivée à Athènes fatiguée. Bien sûr, se lever à 5h30 pour prendre le métro, pour ensuite aller en tram à l'aéroport, puis voler durant 4 heures n'est pas de tout repos, mais, habituellement, me déplacer m'énergise. J'en profite pour lire et je rêve à ma destination, entre deux articles du Paris Match ou du Courrier international au sujet de Manuel Valls ou de Marine LePen. Peut-être que le fait d'attendre en ligne 90 minutes derrière un groupe de personnes âgées françaises (faisant partie d'un groupe mal nommé Les Pionniers) qui ne cessaient de se plaindre n'a pas aidé, mais ça fait longtemps que je ne m'étais pas sentie ainsi. Je n'avais pas le goût de rentrer au Québec, où l'hiver ne semble plus vouloir se terminer, j'avais juste le goût de retrouver ma vie en version simplifiée, sans trop d'aéroports ni de gros sac à dos à transporter.

Puis je suis arrivée à Athènes. Et j'ai retrouvé le goût de voyager. Le dieu Hermès doit être avec moi, je n'en sais trop rien. En fait, c'est plus simple que cela. Tout a commencé par un biscuit. Mathieu n'avait pas pu manger l'omelette servie dans l'avion et avait faim, moi pas. Nous sommes sortis lui chercher un gyros. Je n'avais pas le goût de manger un si gros sandwich, si appétissant soit-il, mais je voulais goûter à la Grèce. Juste à côté de notre hôtel, se trouvait une belle et grande pâtisserie. Voyant mon intérêt pour les biscuits, le pâtissier m'a demandé de le suivre et m'a montré les biscuits aux "chocolate chips" qu'il venait de sortir du four. Extase totale. Mon biscuit était juste parfait. Son chocolat fondait dans ma bouche et je ne pouvais demander mieux. Un concentré de bonheur. C'est rien, un biscuit aux "chocolate chips", mais pour une voyageuse un peu fanée, ça fait toute une différence.

En soirée, nos amis Nancy et Blair sont arrivés. Quelle immense joie de se retrouver. Nous sommes restés longtemps sur la terrasse de l'hôtel à boire un verre et à jaser, en regardant au loin l'Acropole qui se tient debout, malgré tous les déboires des gens qui vivent en dessous de sa colline. Nous sommes sortis dans une taverne de la Plaka et nous avons continué à rire et à discuter. Une très belle soirée pour finir une journée qui n'avait pas été des plus faciles, mais qui a été sauvée par un biscuit et par le bonheur de retrouver mes amis.

Le lendemain matin, Nancy, Blair et Mathieu sont allés visiter l'Acropole et son musée. J'ai visité les lieux deux fois, avec mes étudiants. J'ai donc préféré dormir un peu plus tard et aller déjeuner à       10 heures. Après cela, je suis sortie et je me suis promenée dans le marché local. Je pense que j'ai bien fait. J'ai réalisé que je ne suis pas tannée de voyager, c'est la vie de touriste que je n'ai plus le goût, pour l'instant, de mener.

Je suis en ce moment sur le paradis terrestre qu'est Santorini. Je suis venue ici, il y a quelques années avec mes étudiants. Nous avions visité Oia très rapidement, trop rapidement. Il faut s'arrêter ici et prendre le temps de regarder le soleil se lever et se coucher. Il faut voir les falaises rouges et les magnifiques églises au joli toit bleu. Il faudrait être bien mal en point pour ne pas apprécier la beauté sublime du lieu où je me trouve. Nous avons loué une petite Peugeot et nous nous promenons à notre rythme sur l'île. Nous menons la belle vie.

Nous partons pour Mykonos demain et ce sera Crête ensuite. Je n'ai pas fini de m'extasier. Il est 8h29 du matin et je vous écris de la terrasse de notre appart qui offre une superbe vue sur la mer et sur la ville de Fira, perchée en haut d'une falaise qui prend, selon la lumière du soleil, des tons ocres, roses ou jaunes. Un petit vent souffle et j'écoute mon disque de Bon Iver. Tantôt, je vais continuer ma lecture des Mandarins de Simone de Beauvoir, auteure que j'ai beaucoup de plaisir à retrouver.

Il me reste pas mal de chemin à parcourir. Certains bouts seront magnifiques, d'autres plus rugueux. Il ne me faut jamais perdre de vue la chance que j'ai de voyager, même si je n'ai pas toujours le goût de jouer à la touriste. Et pour me ramener à la vie, il y aura toujours, au détour d'une route, un biscuit à goûter, un vin local à déguster, une fleur à photographier, des amis pour me faire rire. Ne comptez juste pas trop sur moi pour faire la file afin de visiter des attractions touristiques entourée de gens excités ou excédés. Cette vie-là, pour l'instant, je n'ai plus le goût de la mener.

Je vous laisse. J'ai l'air de Santorini à aller respirer. Doucement, lentement.