Chère Aurélie,
Je ne te connais pas. J'imagine que tu es une fille très intelligente. J'ai enseigné à plusieurs jeunes brillants et j'imagine que tu es une de ces personnes que les profs aiment côtoyer parce que tu leur fais penser à leur jeunesse, à leurs belles années où ils étaient fougueux et rebelles. J'imagine que tu es drôle dans un party, lorsque tu fais des montées de lait. J'imagine que tes amis te trouvent à la fois intense et attachante. Je ne te connais pas, mais j'imagine tout ça.
Une de mes anciennes étudiantes a affiché ton texte sur sa page Facebook en parlant de son désarroi face à celui-ci. J'ai lu ton texte et il m'a jetée par terre. Mais pas dans le bon sens. Dieu sait que j'en ai lu des textes, depuis le début de la grève. J'ai lu Martineau, Margaret Wente, André Pratte, des journalistes du National Post, j'ai lu des blogues et des statuts Facebook écrits par toutes sortes de personnes, mais il n'y a pas un texte qui ne soit venu me chercher autant que le tien. Tu es aussi brillante qu'épeurante, Aurélie. Ta plume est aussi incisive que troublante et confuse, dans ce texte: http://urbania.ca/blog/auteur/6387, portant sur les bombes fumigènes qui ont été placées dans le métro de Montréal, hier.
Si tu veux mon avis, tu vas trop loin et tu n'as rien compris, surtout lorsque tu écris que: " Le brushing de Monique a été ruiné par la bruine pendant l’insupportable attente d’une navette spéciale à l’extérieur. Jacques est arrivé en retard à son rendez-vous et Marie-Jeanne a loupé la première heure de son yoga. Et que dire de Josée qui a déposé la petite Malynka-Rose [archétype de prénom fucké attribué par un early-Y à son kid] plus d’une heure et quarante-cinq minutes en retard à la garderie? Elle en a manqué la collation du matin! C’est inadmissible de priver Malynka-Rose de ses Fruit Loops dans l’yogourt de dix heures et quart, osti de gang de perturbateurs de l’ordre public du câlice!
Je t'imagine rire en écrivant ces phrases bien tournées. J'imagine aussi que tes amis et admirateurs ont bien ri. J'ai vu que ton texte a suscité environ 2000 "likes" dans Facebook. Désolée, mais tu ne pourras pas compter sur un "like" de ma part.
Je me suis demandée, après avoir lu ton texte, si tu as pensé à une vraie Monique une seconde, si tu t'es mise à sa place. Et si Monique avait été ta tante et qu'elle avait fait une crise de panique jeudi, aurais-tu ainsi ri au sujet de son brushing? Et si Jacques était ton chum et qu'il avait perdu une partie de son salaire, car il était arrivé en retard à sa job, est-ce que ce serait vraiment si drôle que ça? Je sais, tout cela, pour toi, c'est rien à côté de la justice sociale et du combat contre le capitalisme sauvage, mais les gens dont tu parles n'ont rien fait de mal et ils ne méritaient pas d'être ainsi dérangés. Dérangés, oui, mais aussi (et surtout) apeurés. C'est rien d'avoir une coiffure défaite, mais c'est grave d'avoir peur dans un pays pacifique qui a élu démocratiquement un gouvernement, aussi mauvais et corrompu soit-il. C'est grave d'avoir peur quand on ne fait que prendre le métro pour s'en aller travailler. Le problème, ce n'est pas ce qui est arrivé, mais c'est ce qui aurait pu arriver. Ce qui est grave, c'est l'installation du conditionnel dans les coeurs et les esprits: et si ça se reproduisait, est-ce que ce serait encore plus grave? Y aurait-il cette fois-là des blessés? Des morts? N'est-ce pas aussi cela, la justice sociale: que tous puissent prendre le métro sans avoir peur? C'est un peu moins idéaliste que les discours des gens que tu applaudis lors des assemblées générales, mais c'est la base de notre société qui est fondée sur le respect des droits et des libertés de chacun.
Tu es forte Aurélie, mais tu devrais imaginer que ce ne sont pas tous les gens qui sont aussi forts que toi. Il y en a qui sont faibles, il y a en qui ont peur. Et ces gens ne sont pas que bien-pensants, ils sont des êtres humains qui ont des vraies émotions et qui ne méritent pas d'être jugés par une fille brillante qui est à mille lieux de les comprendre.
Je te souhaite d'avoir peur, une fois dans ta vie. Réellement peur. Pour toi, pour un enfant, pour un vieillard. De cette façon, tu vas peut-être descendre de ta montagne et commencer à comprendre Monique, Jacques, Marie-Jeanne, Josée et même la petite Malynka-Rose. Peut-être que tu n'aimes pas son nom, à cette petite mangeuse de yogourt, mais c'est peut-être elle qui s'occupera de toi, quand tu ne seras plus la super Aurélie.
Tu es violente, Aurélie. Tu n'as pas peur de ta violence et tu l'assumes pleinement. Moi, ce soir, j'ai peur de toi et je voulais que tu le saches.
Le blogue de Caro
Un blogue... Pourquoi? Un blogue pour dire au monde qui je suis. Une fenêtre que j'ouvre pour faire entrer un peu d'air frais dans ma maison. Un espace de liberté où je tenterai de m'exprimer sans concession ni rancune, où j'inviterai des amis allumés à faire de même. Une occupation plus constructive que d'écouter "Décore ta vie", lors de mes nombreuses heures d'insomnie...
vendredi, mai 11, 2012
samedi, avril 21, 2012
L'invasion de l'UQO, de mon point de vue (ajouts)
J'ai hésité avant d'écrire cette entrée. Tout ce que j'ai écrit dans ce blogue, jusqu'à présent, était en lien avec ce que j'ai vu ou ce qui m'a été rapporté directement. Quand j'ai écrit le récit de la journée de jeudi, je n'ai pas vraiment réfléchi. J'ai écrit mes impressions comme elles venaient. En relisant mon blogue et en lisant un commentaire sur Twitter (merci à Marc-Antoine Labelle), j'ai constaté qu'il y avait des trous dans mon histoire.
Plus le temps avance, plus les souvenirs s'évaporent et se mêlent aux émotions et aux récits provenant d'autres témoins. Si je veux raconter le plus fidèlement possible ce qui s'est passé, toujours de mon point de vue, je dois ajouter certains éléments-clés à mon récit, le plus rapidement possible.
Comme je l'ai déjà écrit, j'assistais, durant l'heure du dîner, jeudi, à une réunion de préparation de voyage, dans un local du pavillon Lucien-Brault de l'UQO. Deux étudiants présentaient la ville de Londres. Pendant que l'un des étudiants parlait, on a cru comprendre que les manifestants étaient revenus et qu'ils étaient de notre côté de l'édifice. Plusieurs d'entre eux étaient masqués d'un foulard rouge, d'autres portaient des lunettes de ski. D'où nous étions, il était impossible de savoir s'ils attendaient patiemment devant les gardes de sécurité où s'ils provoquaient ceux-ci. J'ai pu percevoir qu'un manifestant semblait blessé et j'en ai ainsi déduit que les jeunes avaient tenté de pénétrer dans l'école en défiant les gardes. Je ne crois pas qu'ils soient restés pacifiquement, sans bouger, devant les policiers. Ils ont tenté d'entrer dans une école où ils n'avaient pas le droit d'aller. Est-ce que les gardes ont eu raison de les frapper à la tête? Certainement pas. Est-ce que les jeunes avaient raison de continuer à tenter d'entrer dans le pavillon? Certainement pas non plus, de mon point de vue.
Sans les avoir vus, je sais (et j'en ai déjà parlé) que les jeunes sont entrés par une porte de derrière laissée sans surveillance. Je sais aussi qu'ils ont cassé de la vaisselle et qu'ils ont répandu des condiments par terre. C'est après avoir fait cela qu'ils se sont assis dans la cafétéria et qu'il ont observé une minute de silence afin de démontrer publiquement le pacifisme de leurs actes. Je m'interroge sur le réel pacifisme de cette invasion. Ce n'est pas parce qu'on fait un signe de la paix en silence que cela veut dire que nous sommes non-violents. Je ne suis pas, comme Mathieu (mon mari, prof d'éthique à St-Alex) spécialiste de la chose, mais il me semble que MLK et Gandhi n'auraient pas utilisé cet exemple pour illustrer ce qu'est la non-violence. Ces jeunes et moins jeunes voulaient lancer un message idéologique clair d'opposition au gouvernement Charest et ils ne méritaient pas d'être emprisonnés, certes, mais il reste que leur action a fait peur à des centaines de personnes innocentes, qu'ils ont défié la loi d'une manière qui n'était pas des plus pacifiques et que certains d'entre eux ont commis des actes de vandalisme. Est-ce que des manifestants ont tenté d'arrêter les actes violents de leurs camarades? Je ne le sais pas. Je suis prête à croire ceux qui me diront qu'ils ont agi ainsi. Et je serai fière d'eux.
Une question me taraude, depuis jeudi. Qu'auraient fait les manifestants si la police n'était pas intervenue aussi rapidement? Si certains ont pu mettre des grillons dans les toilettes du pavillon, auraient-ils pu aller plus loin et détruire des locaux ou blesser des personnes, jeudi? Je sais que cette question est inutile, mais je me la pose quand même en me demandant quel était le réel objectif de ces gens qui tenaient absolument à entrer dans un pavillon qui n'était pas le leur (je sais qu'il y avait quelques étudiants de NF et de l'UQO dans le groupe, mais il y avait aussi plusieurs personnes qui avaient pris l'autobus à Montréal, à 6h du matin, ce jour-là). Une autre question, encore plus inquiétante, me vient constamment à l'esprit, surtout depuis que j'ai vu ce qui s'est passé hier, au centre-ville de Montréal: ces menaces de violences sont-elles terminées? Je sais que je devrai encore montrer ma carte d'employée pour entrer dans mon école, lundi, mais que la journée sera paisible, puisque les cours de l'UQO sont annulés. Toutefois, est-ce que la casse sera de nouveau au rendez-vous mardi? J'ose espérer que non, mais si elle est là, je serai prête à défendre la non-violence avec tous ceux qui y croient. Si je me fie à ce que j'ai lu sur Facebook depuis jeudi, je ne devrais pas être la seule à porter (dans mon coeur, du moins) un carré blanc.
Plus le temps avance, plus les souvenirs s'évaporent et se mêlent aux émotions et aux récits provenant d'autres témoins. Si je veux raconter le plus fidèlement possible ce qui s'est passé, toujours de mon point de vue, je dois ajouter certains éléments-clés à mon récit, le plus rapidement possible.
Comme je l'ai déjà écrit, j'assistais, durant l'heure du dîner, jeudi, à une réunion de préparation de voyage, dans un local du pavillon Lucien-Brault de l'UQO. Deux étudiants présentaient la ville de Londres. Pendant que l'un des étudiants parlait, on a cru comprendre que les manifestants étaient revenus et qu'ils étaient de notre côté de l'édifice. Plusieurs d'entre eux étaient masqués d'un foulard rouge, d'autres portaient des lunettes de ski. D'où nous étions, il était impossible de savoir s'ils attendaient patiemment devant les gardes de sécurité où s'ils provoquaient ceux-ci. J'ai pu percevoir qu'un manifestant semblait blessé et j'en ai ainsi déduit que les jeunes avaient tenté de pénétrer dans l'école en défiant les gardes. Je ne crois pas qu'ils soient restés pacifiquement, sans bouger, devant les policiers. Ils ont tenté d'entrer dans une école où ils n'avaient pas le droit d'aller. Est-ce que les gardes ont eu raison de les frapper à la tête? Certainement pas. Est-ce que les jeunes avaient raison de continuer à tenter d'entrer dans le pavillon? Certainement pas non plus, de mon point de vue.
Sans les avoir vus, je sais (et j'en ai déjà parlé) que les jeunes sont entrés par une porte de derrière laissée sans surveillance. Je sais aussi qu'ils ont cassé de la vaisselle et qu'ils ont répandu des condiments par terre. C'est après avoir fait cela qu'ils se sont assis dans la cafétéria et qu'il ont observé une minute de silence afin de démontrer publiquement le pacifisme de leurs actes. Je m'interroge sur le réel pacifisme de cette invasion. Ce n'est pas parce qu'on fait un signe de la paix en silence que cela veut dire que nous sommes non-violents. Je ne suis pas, comme Mathieu (mon mari, prof d'éthique à St-Alex) spécialiste de la chose, mais il me semble que MLK et Gandhi n'auraient pas utilisé cet exemple pour illustrer ce qu'est la non-violence. Ces jeunes et moins jeunes voulaient lancer un message idéologique clair d'opposition au gouvernement Charest et ils ne méritaient pas d'être emprisonnés, certes, mais il reste que leur action a fait peur à des centaines de personnes innocentes, qu'ils ont défié la loi d'une manière qui n'était pas des plus pacifiques et que certains d'entre eux ont commis des actes de vandalisme. Est-ce que des manifestants ont tenté d'arrêter les actes violents de leurs camarades? Je ne le sais pas. Je suis prête à croire ceux qui me diront qu'ils ont agi ainsi. Et je serai fière d'eux.
Une question me taraude, depuis jeudi. Qu'auraient fait les manifestants si la police n'était pas intervenue aussi rapidement? Si certains ont pu mettre des grillons dans les toilettes du pavillon, auraient-ils pu aller plus loin et détruire des locaux ou blesser des personnes, jeudi? Je sais que cette question est inutile, mais je me la pose quand même en me demandant quel était le réel objectif de ces gens qui tenaient absolument à entrer dans un pavillon qui n'était pas le leur (je sais qu'il y avait quelques étudiants de NF et de l'UQO dans le groupe, mais il y avait aussi plusieurs personnes qui avaient pris l'autobus à Montréal, à 6h du matin, ce jour-là). Une autre question, encore plus inquiétante, me vient constamment à l'esprit, surtout depuis que j'ai vu ce qui s'est passé hier, au centre-ville de Montréal: ces menaces de violences sont-elles terminées? Je sais que je devrai encore montrer ma carte d'employée pour entrer dans mon école, lundi, mais que la journée sera paisible, puisque les cours de l'UQO sont annulés. Toutefois, est-ce que la casse sera de nouveau au rendez-vous mardi? J'ose espérer que non, mais si elle est là, je serai prête à défendre la non-violence avec tous ceux qui y croient. Si je me fie à ce que j'ai lu sur Facebook depuis jeudi, je ne devrais pas être la seule à porter (dans mon coeur, du moins) un carré blanc.
vendredi, avril 20, 2012
La grève, de mon point de vue (suite)
Triste et sombre journée au pavillon Lucien-Brault de l'UQO, hier. Triste journée pour le mouvement étudiant et pour le Québec, triste journée pour mon école, aussi.Nous nous doutions que les choses allaient mal tourner depuis une semaine. Les grillons, les gardes postés aux entrées, le silence de mort dans les corridors désertés, tout cela était annonciateur de l'ouragan qui s'en venait.
Je ne sais pas comment les gens qui vivent dans des pays assiégés font pour garder un équilibre mental. Ils s'habituent à la peur, j'imagine. J'imagine aussi que je dois me considérer privilégiée de vivre dans un pays où nous n'avons pas constamment peur d'être assiégés.
Je ne peux raconter tout ce qui s'est passé. Je ne sais pas tout, je n'ai pas tout vu, tout entendu, je ne possède que mon point de vue, subjectif et limité, mais que je veux quand même traduire en mots, un peu plus de 24 heures après la tempête.
À 11h15, lors de la pause de mon cours de psycho de la santé mentale, un étudiant m'a dit qu'une de ses amies avait mis sur Facebook une photo montrant que les manifestants étaient arrivés à notre pavillon. Nous étions de l'autre côté de l'édifice et ne voyions rien. Par la magie de Facebook, nous avons compris que les manifestants étaient partis et j'ai repris mon cours (comble de l'ironie, celui-ci portait sur... la paranoïa!) À un moment donné, des bruits se sont fait entendre. Des bruits de gens qui manifestaient, des cris qui semblaient venir de très près. J'ai été à ce moment très contente de pouvoir barrer ma porte de classe. Les bruits n'arrêtaient pas et nous n'avions aucune idée de ce qui se passait. J'ai paniqué, un peu. Je ne pouvais trop le démontrer, devant la classe. À un moment donné, une fille a lancé:"Il regardent un film, dans la classe d'à côté". C'était cela! Mon voisin de classe, prof d'histoire, présentait un film portant sur la révolution française... Ouf. Nous avons ri et j'ai pu terminer mon cours. J'espérais que tout soit OK mais n'y croyais pas vraiment.
Je ne suis pas sortie de ma classe à l'heure du dîner, puisque je devais assister à une réunion de préparation du voyage en Europe que j'organise avec un collègue et qui se déroulera en mai-juin prochain (vous dire à quel point j'ai hâte à ce voyage!) Pendant cette réunion, une étudiante est venue nous chercher pour nous dire que le directeur nous ordonnait de nous réunir à l'auditorium. J'ai suivi les ordres, mais ça ne me plaisait pas beaucoup de quitter ma classe qui pouvait se barrer.
Je ne me suis jamais rendue à l'auditorium. En arrivant à l'entrée de la cafétéria, j'ai entendu une dame de la cafétéria se mettre à crier et des étudiants dire que les manifestants (400 personnes) étaient entrés dans l'école. J'ai paniqué et je me suis dit que la meilleure chose était de retourner dans ma classe. Une dizaine d'étudiants m'ont suivie. Nous sommes restés là environ une heure. Je me faisais les pires scénarios et me rappelais Polytechnique. Si je n'avais pas eu que 4 mois en octobre 70, je suis certaine que j'aurais pensé à la Crise d'octobre. J'ai pensé à ce qui pouvait arriver de pire: de la violence extrême, des coups de feu, des mouvements de panique qui feraient en sorte que des gens pacifiques perdent leur jugement.
Après cette longue heure, une alarme s'est mise à sonner et on nous a dit de sortir par la porte 6. Des policiers sans matraque et assez souriants nous ont gentiment dit de nous dépêcher. Dehors, j'ai vu que ça brassait, j'ai vu des jeunes masqués de foulards rouges crier. Je ne me suis pas trop approchée, préférant rester, avec quelques collègues et étudiants, loin de la violence potentielle.
Je suis restée dehors pendant une heure puis je suis repartie chez moi. Toute la soirée, je l'ai passée sur Facebook à discuter des événements de la journée avec des gens qui avaient vécu ou non la même chose que moi. Par ces discussions, j'ai appris que des étudiants et collègues ont dû affronter une "haie de déshonneur" de gens qui leur criaient des bêtises, pensant sûrement qu'ils étaient étudiants ou profs de l'UQO et ne sachant pas qu'ils avaient voté démocratiquement (et à 66%) contre la grève. Je ne comprends pas que des gens qui se disent pacifiques aient pu manifester un tel mépris pour des gens qui n'ont rien fait de mal, qui ne faisaient qu'être à l'école.
J'ai aussi vu à la télé qu'il y avait eu du vandalisme à la cafétéria. Également, j'ai appris avec consternation que 5 de mes étudiants, des garçons intelligents et pacifiques que je côtoie tous les jours, faisaient partie du groupe des 151 personnes arrêtées.
Voilà ce que j'ai vécu hier, dans une école, au Québec.
Aujourd'hui, je tente de prendre du recul et ce n'est pas facile, puisque la violence continue, à Montréal. Je viens d'apprendre que des casseurs jettent des roches aux automobilistes qui passent en dessous de l'autoroute Ville-Marie et que pendant ce temps-là, Jean Charest fait des jokes devant un public d'homme d'affaires. La violence se trouve des deux côtés et elle doit être condamnée.
Je retournerai à l'école lundi. J'ai hâte d'enseigner, de transmettre des connaissances, de parler à mes étudiants, rouges, verts, jaunes, peu importe. Je m'inquiète au sujet des dames qui travaillent à la cafétéria. Elles sont si fines avec nous, elles ne méritaient pas d'être bousculées. J'imagine leur terreur et je m'en désole. Dans les quelques conversations que j'ai pu avoir avec elles, j'ai senti qu'elles appuyaient la cause des étudiants. J'espère que je pourrai les retrouver souriantes, lundi.
Vivement, que ce conflit se règle, pour que nous puissions arrêter d'avoir peur.
mercredi, avril 18, 2012
La grève, de mon point de vue
Malaise, hier. Je suis étudiante à l'UQO. Il me reste un tout petit cours à réussir afin d'obtenir mon certificat en traduction. Je fais cela pour le plaisir, pour me valoriser, pour apprendre à écrire. Je ne veux pas changer d'emploi ni changer le monde. Je veux m'ouvrir quelques portes, mais ce n'est pas bien grave si je n'obtiens pas ce certificat. Ma vie n'en dépend pas. Pourtant, j'aime aller à mes cours et je me désole de ne pas pouvoir terminer ce que j'ai commencé.
Mon université m'a dit que les cours se donnaient hier, je me suis présentée à mon cours et j'ai suivi un cours, à l'endroit même où un prof a été arrêté et une autre a été expulsée. Le pavillon des lettres était d'un calme exemplaire. J'ai pu lire en paix pendant au moins une heure. Le garde de sécurité m'a fait gentiment entrer. Je voyais qu'il avait hâte de finir sa journée.
En revenant chez moi hier, j'ai regardé le vidéo qui montre comment une prof a été brutalisée et un autre a été sorti de force. Ces gens-là sont des intellos. Ils ne représentent aucune menace. Ils s'exprimaient, ils n'attaquaient pas. Et pourtant, on les a traités comme des délinquants, des dangereux. Leurs idées peuvent être confrontantes pour les forces de l'ordre, j'en conviens, mais ils ne méritaient certainement pas d'être traités ainsi.
Je savais, par la magie de la fée Twitter, que les profs avaient été traités ainsi et pourtant je me suis présentée à mon cours quand même.
Je suis mélangée, comme plusieurs de mes collègues étudiants, jeunes et vieux.
D'un côté il y a la volonté de contribuer à rendre la société plus juste, de supporter ceux qui ne pourront étudier si ça coûte trop cher et de l'autre, il y a le désir de finir ce que j'ai commencé, d'étudier, de rentrer en classe et de travailler fort.
Il y a aussi que j'enseigne dans les locaux du Pavillon Brault de l'UQO, au Collège Nouvelles Frontières qui a rejeté la grève à 66%. Je peux faire mon travail en paix, lorsque je suis en classe, mais je ne sais jamais si je me rendrai en classe. Hier, on a déversé des insectes près des casiers de mes étudiants. Il y a deux semaines, le stationnement était bloqué par des grévistes. Nous devons présenter nos cartes d'identité chaque fois que nous entrons en classe et nous entendons parler quotidiennement des "9 autobus de manifestants qui arriveront de Montréal". J'ai peur que mon auto se fasse grafigner, pour être franche avec vous.
Je ne sais pas trop comment le Québec s'en sortira. Il me semble qu'il serait temps de parler. Que les décideurs étudiants et membres du gouvernement arrêtent les guerres de mots et d'images tentent de trouver, ensemble, des solutions.
C'est là que nous sommes rendus.
Je vous laisse, je veux partir un peu plus tôt, au cas où j'aurais de la difficulté à rentrer à mon travail...
Mon université m'a dit que les cours se donnaient hier, je me suis présentée à mon cours et j'ai suivi un cours, à l'endroit même où un prof a été arrêté et une autre a été expulsée. Le pavillon des lettres était d'un calme exemplaire. J'ai pu lire en paix pendant au moins une heure. Le garde de sécurité m'a fait gentiment entrer. Je voyais qu'il avait hâte de finir sa journée.
En revenant chez moi hier, j'ai regardé le vidéo qui montre comment une prof a été brutalisée et un autre a été sorti de force. Ces gens-là sont des intellos. Ils ne représentent aucune menace. Ils s'exprimaient, ils n'attaquaient pas. Et pourtant, on les a traités comme des délinquants, des dangereux. Leurs idées peuvent être confrontantes pour les forces de l'ordre, j'en conviens, mais ils ne méritaient certainement pas d'être traités ainsi.
Je savais, par la magie de la fée Twitter, que les profs avaient été traités ainsi et pourtant je me suis présentée à mon cours quand même.
Je suis mélangée, comme plusieurs de mes collègues étudiants, jeunes et vieux.
D'un côté il y a la volonté de contribuer à rendre la société plus juste, de supporter ceux qui ne pourront étudier si ça coûte trop cher et de l'autre, il y a le désir de finir ce que j'ai commencé, d'étudier, de rentrer en classe et de travailler fort.
Il y a aussi que j'enseigne dans les locaux du Pavillon Brault de l'UQO, au Collège Nouvelles Frontières qui a rejeté la grève à 66%. Je peux faire mon travail en paix, lorsque je suis en classe, mais je ne sais jamais si je me rendrai en classe. Hier, on a déversé des insectes près des casiers de mes étudiants. Il y a deux semaines, le stationnement était bloqué par des grévistes. Nous devons présenter nos cartes d'identité chaque fois que nous entrons en classe et nous entendons parler quotidiennement des "9 autobus de manifestants qui arriveront de Montréal". J'ai peur que mon auto se fasse grafigner, pour être franche avec vous.
Je ne sais pas trop comment le Québec s'en sortira. Il me semble qu'il serait temps de parler. Que les décideurs étudiants et membres du gouvernement arrêtent les guerres de mots et d'images tentent de trouver, ensemble, des solutions.
C'est là que nous sommes rendus.
Je vous laisse, je veux partir un peu plus tôt, au cas où j'aurais de la difficulté à rentrer à mon travail...
jeudi, mars 08, 2012
Une chambre à soi
Après avoir lu La Presse de ce matin, qui souligne abondamment la journée de la femme, j'ai pensé à VirginiaWoolf et à son livre "A Room of One's Own". Je viens de terminer la lecture de Quiet, ce si bon livre parlant d'introspection et je me suis dit que la meilleure chose que je peux souhaiter à toutes les filles de la Terre, (surtout pour mes semblables, les introverties), c'est de pouvoir jouir d'un espace pour elles-mêmes. Bien sûr, le luxe suprême consiste à avoir pour soi une pièce avec un bureau pour écrire, un ordinateur et une bibliothèque. Cependant, si ce n'est pas possible, toutes les filles et femmes devraient pouvoir jouir d'un endroit où elles peuvent s'enfuir et être souverainement seules, à l'abri des demandes de tous ceux qui dépendent d'elles. Et cet endroit, il peut être tant physique (un champ, une forêt, un café, une bibliothèque publique) qu'intérieur.Pour créer cet espace, il ne suffit pas d'aller chez Ikea et de se choisir un bel ameublement. Il faut tout d'abord se donner le droit de s'en aller loin des autres et se dire, surtout, qu'ils survivront sans nous. Pas facile, dans un monde où l'on est constamment relié à tout le monde. Et ce ne sont pas seulement les mères qui sont en demande. Les travailleuses le sont aussi, j'en sais quelque chose!
Quand je pense à Virginia Woolf, je m'interroge sur le fait de la prendre comme modèle. Après tout, elle a quand même fini sa vie en marchant dans une rivière avec des roches dans les poches. Est-ce possible d'avoir cette fameuse chambre à soi sans faire de cette dernière un lieu de mélancolie et d'apitoiement? Je sais que je suis capable de rester des heures et des heures dans mon bureau aux murs aqua à boire des cafés à l'abri du monde, mais c'est de retourner dans le "réalité" qui pose parfois problème.
Virginia Woolf n'est pas nécessairement un modèle à suivre, même si les idées qu'elle proposait aux femmes étaient révolutionnaires. Elle a été capable de s'enfuir, mais elle n'a pas été capable de voir les beautés du monde qui l'entourait. L'idéal réside dans le fait d'être capable de profiter des moments qui nous sont donnés, dans sa chambre à soi et à l'extérieur de celle-ci. Si chaque fille peut faire honneur à ce qu'elle est profondément, la journée du 8 mars ne sera pas vaine. Si elle a à être généreuse et à prendre soin des autres en cette journée qui lui est consacrée, que la femme le fasse, mais qu'elle puisse avoir la chance de savoir que, si elle en a besoin, une chambre pour elle l'attend, à la fin de sa journée. Et dans cette chambre, elle sera la reine de son royaume!
jeudi, décembre 01, 2011
Vous avez ri de moi et non avec moi. Je vous ai
entendus prononcer mon nom et quand vous avez vu que j’arrivais, vous vous êtes
tus, en souriant. Je me suis assise à ma place. Personne ne voulait travailler
en équipe avec moi. J’ai souri, mais en dedans, j’ai pleuré. Étouffée.
Intimidée.
J’ai eu peur et je n’ai pas compris pourquoi.
Je ne vous avais rien fait. Je n’étais pas comme vous, mais pourquoi auriez-vous
voulu que je ne le sois? Et si je vous avais ressemblé, m’auriez-vous parlé? Je me
suis tue et j’ai encaissé. Laissée de côté.
Intimidée.
Je pensais être la seule à vivre ainsi dans mon
coin, à toujours me mettre à l’abri de vos silences et de vos regards détournés.
Ce n’était pas vrai. Nous sommes des centaines à avoir eu peur. À avoir peur.
Certains et certaines d’entre nous ont été battus et n’ont pas été défendus. Sont
battus et ne sont pas défendus. Ils se sont tus. Ils se taisent encore.
Bafoués.
Intimidés.
Vous ne saviez pas ce que vous faisiez, trop
occupés à cultiver votre supériorité. J’étais timide et retirée. C’était facile
de m’oublier. Vous auriez pu venir me chercher. Je vous aurais parlé de toutes
les chansons qu’il y avait dans ma tête. Je vous aurais aimé. Je ne me dirais
pas, encore aujourd’hui, que la vie est toujours plus belle chez vous. Vous
vous êtes tus et m’avez laissée de côté. Écartée.
Intimidée.
Sans le savoir, je vous ai peut-être, moi
aussi, chassés. Je ne vous ai pas parlé. Je me suis moquée. À mon tour, j’ai
voulu montrer ma supériorité. Je vous ai parlé dans le dos, en espérant que
vous n’arriveriez pas. Je ne me suis pas excusée. Je vous ai abandonnés. J’ai
fait semblant de ne pas vous connaître et j’ai tourné les yeux pour ne pas
avoir à vous parler. Désolée.
Intimidés.
Je suis désolée.
Pour moi, pour vous, pour cette jeune suicidée.
Elle a perdu la vie qu’elle avait devant elle. Elle
était belle. À 15 ans, je l’aurais peut-être enviée.
Profitons de la vie que nous avons pour cesser
toute forme d’intimidation.
Aimons.
mercredi, janvier 13, 2010
Haïti, mon amie
En 2001, j'ai eu la chance de partir en mission pour le nord d'Haïti, avec une joyeuse bande d'âmes charitables. Idéalistes, nous nous en allions animer des camps de jour dans la ville portant le nom bucolique de Port-de-Paix.Je ne garde que de bons souvenirs de mon passage dans ce pays à la fois si meurtri et chaleureux. Je crois que je suis encore plus touchée de ce qui arrive en Haïti, parce que j'ai visité le pays.
Je ne sais pas trop pourquoi, mais les enfants m'avait surnommée Mammie Caroline. Le soir, après le camp, je me promenais dans les rues et j'entendais des enfants crier mon nom. Mammie Caroline, Mammie Caroline, qu'ils criaient. Le matin aussi, ils venaient près de la maison des Frères et m'appelaient. Les enfants m'invitaient à jouer avec eux et ils ne savaient pas à quel point Mammie Caroline n'était pas matinale... Il était 7h. Des fois, je continuais à dormir, d'autres fois, j'acceptais leur invitation. Ces si beaux matins, je me sortais de mon endormissement en chantant et en dansant avec de si beaux enfants.
Mes trois semaines passées là-bas m'ont charmée. En fait, je ne comprends pas trop pourquoi je n'y suis pas encore retournée.
En ce moment, je voudrais y être. Je voudrais donner de mon temps. Je sais que ce n'est pas ma place. Les gens ont besoin de médecins, de soldats. De plus, j'ai quand même un emploi à plein temps que je ne peux lâcher...
Pour faire quelque chose de bien, j'ai décidé de faire un don à la Croix-Rouge. Je ne crois pas que ce ne soit que pour me donner bonne conscience. Je suis sincèrement affligée. Je crois que ce n'est pas juste que le malheur s'acharne encore une fois sur des gens qui n'ont aucunement mérité ce qui leur arrive.
Je crois que je suis aussi triste pour le peuple haïtien que déçue de l'attitude de certains de mes compatriotes.
En me promenant sur certains blogues, je lis des atrocités. Ces conneries scorent très haut sur l'échelle de la bêtise humaine.
Des gens assis comme moi dans le confort de leur demeure canadienne disent à leurs lecteurs de ne pas donner, que l'argent qui devait servir à aider le peuple lors de la tragédie des Gonaïves, il y a quelques années, ne s'est jamais rendu à destination. J'ai aussi lu que charité bien ordonnée commençait par soi-même et qu'il fallait d'abord aider les gens d'ici. Je sais que certains organismes sont mal gérés. Je sais que les dons ne vont pas toujours aux nécessiteux. Ce que je sais aussi, c'est qu'Haïti a en ce moment plus besoin de notre aide immédiate et monétaire que de notre cynisme et de notre désabusement mal placés. Ces gens ont le droit de penser ce qu'ils veulent, bien sûr. Mais exprimer ces doutes et ces rancoeurs ainsi, même pas 24 heures après qu'une capitale ait été presque entièrement dévastée, voilà qui est révoltant, selon moi.
Nous sommes chanceux. Nous avons un toit. Nous n'avons pas peur qu'il s'effondre ce soir. Nous ne méritons pas plus cette chance que les Haïtiens ne méritent leur malchance.
En regardant hier les images apocalyptiques présentées par Radio-Can et en lisant ce matin le touchant récit de l'excellente Chantal Guy, je me suis sentie à la fois remplie d'un grand malaise et d'une folle espérance. Malaise de ne rien pouvoir faire. Espérance que la communauté mondiale se retrousse les manches. Pour que les enfants haïtiens continuent longtemps à chanter. Un jour, j'espére de nouveau entendre leur rire joyeux. C'est pour cela que j'ai fait un don à la Croix-Rouge, n'en déplaise à tous les cyniques de ma province et d'ailleurs.
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