dimanche, décembre 30, 2007

Une annee Rembrandt, une annee Van Gogh


D'abord, le maitre, Rembrandt.

J'ai visite sa maison. Je viens de sortir du Rijksmuseum, ou il prend la vedette. De lui, je ne connaissais que le nom.
Pourquoi une annee Rembrandt, me direz-vous?

Parce que le peintre hollandais sait mieux que quiconque faire surgir la lumiere de la noirceur. Il sait faire chatoyer les plus belles etoffes rouges en les faisant se froler a des visages lumineux et miraculeusement humains. Ses personnages semblent etre eclaires de l'interieur. Un peu plus, et ils se mettent a nous parler. Ces couleurs, cette lumiere surgissant de l'humanite m'inspirent a voir le beau de la vie, dans ce monde ou il y a tant de noirceur et de violence.

Je m'apprete a partir pour l'Inde, pays de contrastes et de mystere. J'aimerais etre capable de voir la lumiere et les couleurs de ce pays qui m'effraie un peu. J'espere etre capable d'aller a la rencontre de personnes a la fois differentes et semblables. J'espere aller plus loin que la photo, plus loin que les etoffes, plus loin que le folklore. J'espere rencontrer les gens pour vrai, comme Rembrandt devait le faire, pour peindre avec autant de vivacite les figures expressives de ses sujets.

Pour Van Gogh, c'est different. Je l'ai rencontre pour la premiere fois en visitant, hier, le musee qui porte son nom. De lui, je ne savais que le fait qu'il s'est coupe l'oreille et j'avais entrevu certains de ses autoportraits que je n'aimais pas beaucoup. Hier, il m'a eblouie. J'ai plonge au coeur de ses ciels bleus et de ses champs de bles dores. Je me suis retrouvee, encore une fois dans ce sud de la France redempteur. Je sais que Vincent a beaucoup souffert, mais j'ai admire la vie qui a jailli de lui, meme au plus profond des plus noirs couloirs. Mes malheurs sont moins intenses que les siens, mais j'aimerais avoir cette capacite d'observer la vie qui surgit des douces couleurs printanieres d'amandiers en fleurs, comme Van Gogh a su le faire, meme lorsqu'il allait tres mal.


Voila ce que je me souhaite et ce que je vous souhaite. Quand il fait gris, quand la circulation est trop intense, quand le train n'arrive pas, quand la vie ne nous sourit plus, ne serait-il pas bon de pouvoir trouver la lumiere et la couleur de la vie qui s'etale, genereuse, devant nous? J'entends, en 2008, continuer a rencontrer des artistes et des personnes qui continueront a m'enseigner a esperer et a aimer ce monde, malgre ses assassins et ses lundis matins brumeux.

vendredi, décembre 14, 2007

10 raisons pourquoi j'aimerais être chez moi à Noël


Voici 10 raisons pour lesquelles j'aimerais être chez moi, en cette saison des fêtes...

1. J'avais une version idéalisée du Noël européen. Je me voyais dans un petit marché de Noël charmant, à boire du vin chaud en écoutant des cantiques médiévaux. Je suis à Paris et les sapins de Noël sont soit orange et bruns ou des clônes de celui de Charlie Brown. Même celui de Notre-Dame fait dur. Au Québec, il y a bien les horribles créatures soufflées, mais sinon les sapins sont jolis.
2. J'aimerais bien être à St-André et aller marcher "de l'autre côté du pont" pour digérer tous ces Turtles et macarons mangés à n'importe quelle heure. Développer nos cadeaux avec surprise et délectation, lire des Oprah jusqu'à épuisement et mourir de rire en regardant des vidéos poches sur Youtube et des Têtes à claques. Ici, ma famille est loin et je n'arrive pas à trouver d'Oprah nulle part. Et pouffer d'un rire hystérique dans un café Internet de la très snobbe rive gauche, c'est un peu moins facile que devant l'ordi de mom, à St-André.
3. C'est la première fois que le "I'll be home for Christmas" jouant en boucle dans tous les Starbucks parisiens me fait me sentir mélancolique. Surtout la fin: "If only in my dreams". C'est tristounet cette chanson, même si je suis dans une des plus belles villes du monde, à faire un voyage de rêve.
4. Je vais m'ennuyer de tous ces bons vieux partys avec nos joyeux et festifs amis avec qui nous dansons dans notre salon après avoir bu un peu trop de bon vin rouge. Ils m'écrivent, je leur écris, mais le cocktail virtuel n'a pas encore été inventé. Je vais boire un verre de champagne à leur santé avec notre gentille amie Annie qui viendra nous rejoindre à Amsterdam pour le Jour de l'an.
5. Noël, c'est pas pareil sans neige. Point.
6. Je ne m'ennuie pas de la montagne de correction qui survient toujours à Noël, peu importe mon éternelle détermination à ne pas procrastiner et à finir tout bien avant la date limite. Mais je m'ennuie de la fierté de savoir qu'un étudiant réussit, alors qu'il croyait échouer. De la satisfaction d'avoir franchi toutes les étapes difficiles dont une session peut-être parsemée: les lundis matins enrhumés, les fatigues de mercredi après-midi, les angoisses de dimanche soir. Je m'ennuirai de ce petit dîner que nous nous faisons, entre collègues, au Zen d'Asie ou chez le Thaï. Je serai en Asie en janvier et je penserai à ces dîners lorsque je serai un peu mélancolique...
7. Il n'y a pas de Chapters en Europe. Il y a des FNAC, mais ce n'est pas la même chose. Je n'y retrouve pas mes auteurs préférés. J'ai bien visité la mythique Shakespeare and Company et y ai déniché What I Loved de Siri Hustvelt, que je veux lire depuis des années, encouragée par Nancy. Mais la librairie est envahie par des émules d'Ethan Hawke et de Julie Delpy, depuis la sortie de Before Sunset. Dans le Lonely Planet, on présente maintenant la librairie comme une trappe à touristes intellos... Je serai donc à mon Chapters et à son Starbucks de la rue Rideau "If only in my dreams".
8. On ne sert ni dinde, ni tourtière avec du ketchup, ni ragoût de boulettes, ni bouchée au chocolat de chez les David en France, en Belgique, ou à Amsterdam... Pour la bouffe, je ne m'inquiète pas trop, je devrais pouvoir m'accomoder de frites craquantes, de chocolats divins et de moules fumantes. Quand même, dommage que la bouffe ne voyage pas très bien en avion, car j'aurais passé des commandes à toutes ces personnes de mon entourage qui savent si bien cuisiner...
9. Même si leur qualité varie, je vais m'ennuyer des revues de fin d'années sérieuses ou comiques. Aussi, je ne pourrai me lancer à corps perdu dans le marathon de cinéma préparatoire à la course aux Oscars qui marque toujours nos vacances de Noël. Je suis allée voir la liste des nominations au Golden Globes et je ne connais que 2 ou 3 films, dont un excellent roumain vu à Montpellier. En revenant en juin, nous serons pauvres et fatigués, devinez ce que nous ferons?
10. Je cherche, mais je n'arrive pas à trouver de dixième raison. C'est sûrement bon signe. Peut-être en suis-je rendue à me demander de quoi je ne m'ennuirai pas de mes fêtes "normales". Une autre entrée de blogue peut-être. Ou pas. En tous cas, je vais tenter de profiter le mieux possible de ce premier Noël passé loin de ma famille, de mes amis et de la belle neige blanche du Québec.

En tous cas, je vous souhaite d'être heureux, en cette période des fêtes. Et comme le dit ma chanson de Noël préférée:

"Have yourself a merry little Christmas, may your heart be light"

C'est ce que je tenterai de faire. Un peu triste et nostlagique, certes, mais en sachant que je m'en vais vers une grande aventure et que je retrouverai l'univers dont je m'ennuie à mon retour.

jeudi, décembre 13, 2007

Entrer dans la lumière

A ma dernière entrée de blogue (qui ne remonte pas à plus de deux semaines: miracle!), je me disais que j'avais hâte de visiter le musée Picasso, qui pourrait me permettre de capter un peu de la lumière si absente du ciel de Paris. Laissez-moi vous dire que je n'ai pas trouvé la lumière où je pensais la trouver.

Nous nous sommes levés tôt. Il faisait toujours noir quand nous sommes sortis de notre auberge. D'un pas rapide et enthousiaste, nous avons affronté le petit vent frais de décembre et marché dans les rues du Marais, mythique et charmant quartier parisien, que je ne fais que commencer à découvrir. Nous sommes arrivés à 9h15, alors que les portes de musée ouvraient à 9h30. Nous étions les premiers à entrer (gratuitement, car nous avons une carte prouvant que nous sommes profs, héhé! Car être prof, doit bien avoir quelques bénéfices marginaux, à part faire quelques fois et sans trop de remords des photocopies personnelles...) et nous étions heureux et confiants. J'étais même prête à laisser une seconde chance au peintre qui me laisse froide, depuis que j'ai lu la bio de sa xième femme, Françoise Gilot, qui raconte la vie houleuse de ce coureur de jupons invétéré et pas trop correct avec les femmes de sa vie...


Le départ est canon: vite nous entrons au coeur des influences africaines qui ont eu un impact majeur sur les oeuvres du peintre de Guernica. Malheureusement, tout se gâte à partir de la deuxième salle. On nous présente des tas de dessins effectués en préparation des célèbres Demoiselles d'Avignon. Cependant, on ne nous montre jamais (si ce n'est qu'en reproduction), le produit fini. Des textes sont censés éclairer notre compréhension. Or, il aurait fallu un doc en histoire de l'art-orientation cubisme pour les comprendre. Je vous en donne un aperçu:

"Picasso se positionne dans une architectonique d'influence cézanienne et établit un effet de marcottage dans le développement d'une plasticité où l'énigme sensitive dépasse la raison de la courbe gauguienne et post-tribale, annonçant ainsi une rupture de l'épiphénomène artistique et par le fait même l'éclosion de la plate-forme surréaliste."
Si quelqu'un connaît la définition de architectonique, je lui paye une bière...

J'exagère à peine. Au début, mon complexe de l'imposteur à bien sûr surgi: si je ne comprends pas ce langage d'initiés, c'est que je ne suis pas assez intelligente et callée en la matière. Puis, je me suis tournée vers Mathieu, qui ne comprenais rien, lui non plus. On en est finalement venus à critiquer le style des panneaux. Ceux-ci sont là pour nous éclairer et non pour nous obscurcir la vue et nous faire sentir comme des demeurés sans culture et sans littérature. La période cubiste de Picasso est complexe, c'est vrai. Parfois, il n'y a pas de mot pour décrire la proposition artistique d'un génie. Nous avons arrêté de lire et j'ai arrêté de me sentir conne. J'ai commencé alors à voir la lumière qui émanait des tableaux. C'est à ce moment que des employés du musée se sont mis à parler très fort de leurs congés et de leurs pitoyables conditions salariales. Je ne pouvais simplement plus regarder les guitares et les hommes à la pipe de Pablo. Nous avons décidé de partir, plus éteints qu'allumés.

Heureusement, j'avais vu, la veille, une expo qui m'a donné la lumière que j'espérais. C'est l'événement dont tout le monde parle. Il s'agit de l'exposition Courbet, présentée au Grand Palais, monumental édifice construit pour l'Exposition universelle de Paris de 1900.

Je ne connaissais pas du tout le peintre franche-comtois. J'avais entendu son nom et étais passée à côté des salles qui lui étaient désignées au musée d'Orsay.

J'ai été saisie, éblouie, par les oeuvres du peintre. Je ne suis pas historienne de l'art. Je ne possède pas les mots techniques pour vous parler du style ou de la technique employée par Courbet. Si c'est ce qui vous intéresse, désolée.
Par ailleurs, je pourrais vous parler durant des heures de ce qui m'a touchée. Le commentaire, narré sur fond musical de violoncelle et de piano, était d'une poésie à la fois intelligente et compréhensible. En écoutant les narrateurs m'expliquer les oeuvres, je me sentais éclairée, émue, grandie. La beauté des oeuvres est à la fois sombre, lumineuse et saisissante. Courbet est un rebelle qui a peint d'énormes tableaux à partir de scènes croquées dans son village. Il a fait des nus et des portraits époustouflants de douceur et de vérité. Il a peint la mer de façon magistrale.

Ma toile préférée? Le bord de mer à Palavas, m'est particulièrement chère. Palavas est situé à deux pas de Montpellier, où j'ai été si heureuse. Le lendemain de notre arrivée, nos gentils proprios, Hubert et Marie-Pierre, nous y ont conduits. J'avais de la peine à marcher en béquilles et j'étais très heureuse de m'asseoir à une table avec vue sur la mer, pour prendre un café avec Mathieu et ces si gentilles personnes qui ne me connaissaient pas et qui prenaient soin de moi. Après la noirceur de ma blessure bulgare, je me sentais libre comme cet homme qui salue la mer. Je ne fais jamais cela, mais je me suis achetée le sac officiel de l'expo où cette image est imprimée, et un signet, et une carte postale. Peut-être que si j'aime tant cette image, c'est qu'elle me rappelle que même si je me sens au plus profond de la noire nuit bulgare, je peux toujours trouver la lumière, la mer et des amis qui sauront prendre soin de moi.Voilà une petite partie de la clarté que j'ai trouvé chez Courbet. Et que je n'ai pas trouvée chez Picasso.

J'aurais tant à dire encore. Mais je crois que vous avez compris. Et je vais sortir dehors. Pour continuer à tenter de trouver, dans la froideur du soir parisien de décembre, des lumières nocturnes qui seront réchauffer mon âme qui en a bien besoin. Commencer par aller boire un bon latte dans un verre rouge au Starbucks en écoutant Rufus Wainwright me chanter mélancoliquement Noël devrait bien partir le bal. Après, peut-être irai-je voir My Blueberry Nights qui joue partout, et en v.o. en plus. Ou peut-être rentrerai-je chez moi pour lire le numéro spécial "On bitche Sarko" du Courrier international. Tout ce que je sais, c'est que c'est du violoncelle et des belles vagues bleues que j'aurai dans le coeur, et non des toiles abstraites expliquées par des commentaires abscons et incompréhensibles...

lundi, décembre 10, 2007

Piaget à Paris

La semaine dernière, au même moment, je me promenais sur la plage de la Barceloneta donnant sur la bleutée Mediterranée. J'avais chaud à ne marcher qu'en T-shirt et le soleil me plombait dessus avec une assurance toute catalane. D'ordinaire, je ne suis pas amante du temps chaud mais je me sentais bénie des dieux, d'autant plus que tous mes contacts du Québec m'écrivaient pour me parler de la tempête de neige qui a paralysé le Québec durant toute la semaine dernière. Pendant ce temps-là, je me sentais privilégiée de me la couler douce sur le féérique et éternel banc du parc Guël et sur le mystique toit de la Perdrera, tous deux conçus par mon architecte préféré (en fait, le seul que je connaisse...), Antoni Gaudi. Oui, il y avait bien quelques Pères Noël et quelques chansons, jouant au Starbucks de la Rambla, où Sarah Maclachlan soupirait qu'elle voulait être à la maison pour Noël, mais à part de cela, décembre était aussi loin de moi que ne l'est un flocon de neige de la ville de Barcelone, à ce temps-ci de l'année.

Voilà que par la magie d'un vol Easyjet, obtenu pour la modique somme de 29 euros par personne, nous passons, en 2 heures, de la lumière catalane, à la grisaille parisienne. On ne peut certainement pas parler de Ville lumière, en ce début du mois de décembre. Paris est plutôt grise foncée. Nous vivons ce qu'on pourrait appeler un choc météorologique. Notre parapluie ne nous quitte pas d'une semelle et nous rentrons dans des cafés le plus vite possible, pour ne pas être trempés par des averses aussi froides que déprimantes.

C'est à cause de cette température que j'ai pensé à Jean Piaget, qui fût longtemps, pour moi, un théoricien trop compliqué que j'avais du mal à comprendre. Pendant 10 ans, j'ai enseigné ses théories (que j'ai enfin comprises, bien entendu!), mais là je crois que c'est la première fois que je comprends avec autant d'acuité l'un de ses concepts-clés. Je suis certaine (enfin, je l'espère) que quelques uns de mes étudiants s'en souviendront. Il s'agit de la théorie sur l'assimilation et l'accomodation. Pour Piaget, lorsque nous sommes confrontés à un nouvel apprentissage, nous avons à nous adapter. Nous utilisons, souvent, des anciennes manières de penser ou de faire, face à la situation que nous ne connaissons pas. Si nous allons un pas plus loin, nous nous accomodons. Nous utilisons une nouvelle façon de faire adaptée au nouveau problème. A Paris, j'ai d'abord tenté de faire comme à Barcelone. Je cherchais le soleil, je photographiais des lampadères, je voulais marcher de longues heures. J'ai bien vu que le temps m'en empêchait et m'en suis tout d'abord attristée. Puis, j'ai regardé Paris la pluvieuse dans les yeux et me suis demandée ce que je pouvais faire dans cette ville de nuages et de froideur.

Je cherche encore. Il y a le musée Picasso qui est extraordinaire, paraît-il. N'est-ce pas là une façon intéressante de profiter de Paris en y trouvant (à l'intérieur et au chaud) un peu de soleil espagnol? Il y a de divins cafés et des Bordeaux épatants, bien entendu. Il y a aussi que je dois absolument me dire que je suis chanceuse d'être à Paris, même si celle-ci n'a pas, en ce moment, le charme coloré de Barcelone. A trop comparer, je vais perdre de vue l'immense chance que j'ai de pouvoir marcher dans une ville fourmillant d'histoire, de littérature et de grands et petits plaisir de la vie. Il y a deux mois, je me brisais la cheville en Bulgarie. Aujourd'hui, je marche à Paris. Même sous la pluie, la vie ne m'est pas si grise.