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Do you like Russia?

La journée d'hier a mal commencé. Je me suis levée du mauvais pied. Pourtant, l'hôtel d'Ekatarinburg (à thème irlandais...) où nous logeons est confortable et j'ai mieux dormi que dans le train. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je ne me sens pas trop bien. Je voudrais être chez moi, boire mon café et lire ma Presse ou mon Globe, j'imagine. J'arrive à la salle à déjeuner et je vois un beau bol de fruits. Je me dis, tiens, je mangerais bien une bonne orange. Je m'approche, viens pour prendre un fruit et constate que ceux-ci sont en plastique... Bien sûr, il n'y a pas de vrais fruits, mais plein de pâtisseries plus ou moins sèches, de pseudo saucisses hot-dog, de café instant et de riz blanc. Miam...Et moi qui adore déjeuner...

 Nous rencontrons notre guide, une gentille dame nommée Nathalia. Elle parle bien anglais et ironise au sujet de son pays. Elle nous souhaite la bienvenue dans sa ville. C'est la troisième troisième ville de Russie que nous visitons, après Nihzni Novgorod et Kazan et on sent que la compétition est féroce à ce point de vue. Nathalia le sait bien et se moque de cela.

 Nous marchons un peu, vers le centre-ville de Ekatarineburg, une ville dont je ne connaissais que le nom il y a trois jours. Même si Nathalia est dynamique, ses propos sur la métallurgie russe ne m'intéressent pas du tout. Je vois mon sociologue ambulant, Mathieu (si vous n'êtes pas convaincus de cela, lisez son blogue) parler à deux ados qui font du roller-blade. Mathieu a le tour avec les ados, ça parait qu'il les côtoie à longueur d'année. Il leur parle de musique et ceux-ci semblent heureux de parler anglais avec lui. Le garçon a un chandail de hip-hop, la fille un t-shirt des Ramones. Les deux aiment plus la danse que le hockey. Le garçon nous dit qu'il s'ennuie, dans sa ville. Mathieu lui demande dans quelle ville il aimerait vivre. J'ai peur qu'il dise Paris ou New York. Il dit qu'il aimerait vivre à St-Petersbourg. Je le comprends, cette ville est si belle.

Moi, toujours plus secondaire que Math, j'écoute. Juste avant d'entrer dans le musée de la métallurgie (mon sujet préféré) que nous devons visiter, je dis au jeune garçon que j'enseigne la psychologie et il semble très impressionné. Je trouve ces jeunes qui nous suivent depuis 15 minutes extrêmement attachants et j'aurais le goût de parler avec eux toute la journée (pas pour rien que je suis psy et non géologue!) Tout juste avant que nous devions nous quitter, eux pour une de leur dernière journée de liberté avant la rentrée scolaire et moi pour ma visite d'un musée consacré aux belles roches de l'Oural, le jeune garçon me demande "Do you like Russia?"

Je suis décontenancée.

 J'aurais peut-être aimé répondre: "Moyen. Les gens sont en général bêtes, la bouffe est fade, les paysages sont ordinaires et il y a trop d'églises mieux entretenues que les trottoirs et les routes. Je ne dors pas bien dans les trains et il fait trop chaud. les toilettes sentent mauvais et on n'est jamais certain d'y trouver du papier. Ce pays est conservateur et je ne m'y sens pas la bienvenue. Je ne pense pas que je reviendrais ici pour le plaisir." Bien sûr, je dis, en souriant: "Yes, I like Russia". Le sourire du jeune garçon quand je lui dis cela. On aurait dit que je lui avais donné 1 million de roubles.

 Le sourire de ce jeune garçon de 12 ou 13 ans est ce que j'ai préféré de la Russie jusqu'à présent. Si le pays compte autant de jeunes qui sont contents qu'on aime leur pays et qui nous le montrent, le tourisme russe est entre bonnes mains. Vous savez quoi? Ce sourire a changé la perception que j'avais de ma journée et celle-ci a été extraordinaire. J'ai appris plein de trucs fascinants sur les Romanov, visité un superbe monastère et ai assisté à un excellent concert de piano mettant en vedette Prokofiev. Et les fruits en plastique ne m'ont pas du tout dérangée, ce matin.

Commentaires

Dé a dit…
Le récit de ton expérience russe est très touchant. Ça prend du courage pour voyager autrement que pour son simple plaisir, pour accepter d'accueillir les expériences comme elles viennent. En espérant que les sourires ensoleillés soient tout de même plus nombreux sous d'autres cieux que vous visiterez.

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Comme vous l'avez probablement remarqué, j'aime mieux m'occuper de mon blogue que de mon jardin. Les premiers jours, j'en étais obsédée. Je prononçais le mot blogue plus souvent que tout autre mot de la langue française et Mathieu (n'ayant pas encore parti son "Let it blogue") était probablement près de mettre ses valises près de la porte, comme môman de la P'tite vie, pour que j'arrête de parler de ma nouvelle obsession. Après des années à remplir des pages de journaux intimes plus pathétiques les uns que les autres, j'ai enfin trouvé une façon d'écrire pour autre chose que mon nombril. Et de plus, j'ai décidé (de façon idéaliste) que si les gens n'aiment pas ce que j'écris, ils n'ont qu'à aller lire ailleurs. Donc depuis une dizaine de jours, j'écris, je colle des images, je me fais un petit scrap book public. J'ai remplacé " Décore ta vie " par " Décore ton blogue ". Pas mal plus construct...

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