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Revisiter l'Inde


Si vous avez lu le blogue de voyage de Mathieu, vous savez que j'aime bien retourner à des endroits que j'ai appréciés par le passé. Nous sommes venus en Inde en 2008. Nous avions alors visité le Nord du pays, en commençant par sa capitale, New Delhi. J'ai gardé de ce périple d'excellents souvenirs, ce pourquoi j'ai insisté pour que nous visitions le sud du pays, cette fois-ci.

Nous sommes arrivés à Mumbai samedi matin, après un vol de 9 heures, en partance de Londres. Ce qui m'a frappée en premier, en sortant de l'aéroport, c'est la lourdeur de l'air. Il fait 30 ces jours-ci, mais 44 avec le facteur humidex. J'ai de la difficulté à supporter cette chaleur à Gatineau. Ici, avec les odeurs pour le moins différentes, c'est pire. Nous sommes arrivés à notre hôtel (Le Residency Fort Hotel: excellent! Séjournez-y si vous passez par Mumbai) vers midi, avons dormi un peu, sommes allés manger (Pizza Hut, un classique indien) puis sommes retournés nous coucher. J'ai dormi 11 heures, cette nuit-là.

Le dimanche, nous avions un "Dharavi Slum Tour" de prévu. Je ne me sentais pas très bien. Quand j'ai vu que le guide n'arrivait pas, j'étais contente. Je me suis dit "Yes, je vais pouvoir retourner dans ma chambre climatisée, dormir, lire et regarder des émissions américaines ou un bon film de Bollywood".  Le guide est arrivé avec 45 minutes de retard et je me suis résolue à l'idée que visiter le bidonville dans lequel a été tourné Slumdog Millionnaire serait sans doute une expérience intéressante.

Nous sommes entrés dans le camion. J'avais mal au coeur. Je ne me sentais pas bien. J'avais chaud, je voulais dormir. Je me suis alors dit "Pourquoi es-tu venue ici, pourquoi as-tu quitté ton chic appart de Notting Hill, si beau et si frais?" En roulant dans les rues chaotiques de Mumbai, nous voyions plein de gens couchés sur les pavés. Pauvres, si pauvres. C'était d'une tristesse infinie et je me disais que je n'aurais jamais dû faire ce voyage, au coeur de la misère humaine et de la conduite automobile hasardeuse. Nous sommes sortis voir ce qu'on appelle "The Laundry" un gigantesque parc de lavage extérieur. C'était impressionnant, mais je me sentais toujours mal et voulais rentrer.

Nous avons traversé la rue à toute vitesse pour ne pas nous faire tuer en allant rejoindre notre chauffeur (on s'y habitue!) et c'est là que je l'ai vue. Elle était assise par terre. Je lui ai souri. Elle m'a souri en me faisant un clin d'oeil. Elle avait un beau sari rouge orné d'or et elle fabriquait un balai. Elle est ce qu'on appelle ici une "pavement dweller", car elle vit sur le trottoir. Dans cette ville pauvre, elle fait partie des plus pauvres. Et elle m'a souri en me faisant un clin d'oeil. C'est à ce moment que je me suis souvenue des raisons pour lesquelles je voulais revenir ici. Pour ces sourires et ces regards. Pour ces enfants et ces adultes qui sourient lorsqu'on les prend en photo, pour tous ces serveurs et hôteliers qui se battent pour nous faire plaisir, pour cette joie que les Indiens ont de nous recevoir dans leur pays. Je n'ai jamais vu cela ailleurs. Tranquillement, après ce moment, tout m'est revenu: la bouffe (dals, panneer, alou, butter chicken, curry, tandoori, pain naan et tant d'autres délices!), les couleurs vibrantes, les temples qui sont en fait des odes à la joie qui survit à la plus grande des pauvretés. Nous étions à Mumbai pendant les célébrations liées à Ganesh, ce Dieu éléphant qui lève les obstacles. Pour sourire ainsi, malgré les difficultés auxquelles ils font face quotidiennement, les Indiens doivent avoir une grande foi en ce Dieu. Je me dis qu'un peu plus de cette confiance ne me fera pas de tort, durant mon séjour en Inde.

Même dans le slum, c'est joyeux. Des enfants nous disent "Hello" et sont si heureux de nous voir que nous nous sentons comme des vedettes. Curieusement, ils ne veulent ni que nous les prennions en photo ni nous vendre des babioles. Partout, de la musique joue (même Gangham Style, à un endroit) si bien que notre marche est accompagnée d'une trame sonore digne de Bollywood. Ce n'est pas facile, la vie dans les slums, c'est certain, mais ce n'est pas triste non plus. J'ai quitté cet endroit en me disant que j'y retournerais bien faire du bénévolat, en janvier ou en février, lorsqu'il fera moins humide.

Bien sûr, ce n'est pas de tout repos, l'Inde. Lorsque 3 serveurs vous demandent à chaque 30 secondes ce que vous voulez et que tous vous remercient 1000 fois, ça peut devenir fatiguant, mais je préfère de loin cet accueil à la froideur russe, par exemple.

Nous sommes ici pour encore trois semaines. De nombreux défis m'attendent. Il fera chaud, ça sentira mauvais, je regretterai parfois l'Écosse, Londres ou l'Islande, mais je dois être consciente à chaque seconde de la chance que j'ai d'être ici. Et si ça ne va pas, je sais qu'il y aura toujours, pas très loin, de beaux enfants qui jubileront de se faire prendre en photo. Je pourrai aussi boire un bon chai masala pour me donner un peu de force. Si rien ne fonctionne, le sourire de ma petite pavement dweller sera toujours là, dans ma mémoire, pour me dire que je suis la bienvenue, dans ce pays que j'aime encore plus alors que je le visite pour la deuxième fois.

Commentaires

hiver a dit…
je te trouve bien courageuse d'affronter ce climat, j'en serais tout à fait incapable
mais d'après ce que tu racontes ça semble aussi une expérience humaine fort enrichissante.
Edith L. a dit…
Wow Caro! Ta description de l'Inde est si émouvante qu'elle m'a donné les larmes aux yeux! Même si j'ai tendance à penser que je serais incapable de visiter ce pays, ta perception change un peu la mienne! ;) C'est bon de te lire!
His_Dookie_toots a dit…
Merci de m'avoir fais rêvasser pour un moment. <3

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0 comments

Comme vous l'avez probablement remarqué, j'aime mieux m'occuper de mon blogue que de mon jardin. Les premiers jours, j'en étais obsédée. Je prononçais le mot blogue plus souvent que tout autre mot de la langue française et Mathieu (n'ayant pas encore parti son "Let it blogue") était probablement près de mettre ses valises près de la porte, comme môman de la P'tite vie, pour que j'arrête de parler de ma nouvelle obsession. Après des années à remplir des pages de journaux intimes plus pathétiques les uns que les autres, j'ai enfin trouvé une façon d'écrire pour autre chose que mon nombril. Et de plus, j'ai décidé (de façon idéaliste) que si les gens n'aiment pas ce que j'écris, ils n'ont qu'à aller lire ailleurs. Donc depuis une dizaine de jours, j'écris, je colle des images, je me fais un petit scrap book public. J'ai remplacé " Décore ta vie " par " Décore ton blogue ". Pas mal plus construct...

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