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La paix

Je vous écris à bord du train qui nous amène d'Innsbruck, en Autriche, à Strasbourg, en France. Dans une heure environ, nous serons à Zurich... pour 20 minutes. Si ce n'était que de moi et si la Suisse n'était pas hors de prix, j'y passerais bien 20 jours. Pas grave, on va ramasser notre argent et y aller, éventuellement. Nous ne serons pas à plaindre, loin de là. Après avoir pris possession de notre (espérons, petite) voiture chez nos bons amis de chez Enterprise, nous nous dirigerons vers les Pays-Bas, puis vers la Belgique afin d'être de retour en Alsace puis à Paris. La fin de notre belle épopée est proche et nous rêvons déjà à nos futures odyssées.

Je ne vous écrirai pas tout ce que j'ai appris de ce voyage-ci et ce que je devrais retenir en vue de la planification du prochain, mais je vais me concentrer sur quelque chose dont je suis certaine, maintenant plus que jamais: j'ai besoin de paix, intérieure et extérieure. Ce que dont je veux parler n'est pas de la paix comme absence de guerre. Tout le monde a besoin de vivre dans un climat de sécurité exempt de conflits, il n'y a rien de bien original là, ça fait même partie des droits de l'homme. Je veux plutôt vous confier à quel point j'ai besoin de silence, de calme, de sérénité. Sur ce point, je sais que ce n'est pas tout le monde qui me ressemble. Je connais plusieurs personnes qui ont besoin de sensations fortes pour sentir qu'elles existent. Il n'y a rien qu'elles aiment mieux qu'un film d'horreur, qu'un saut en parachute ou qu'une vie remplie de surprises et de rebondissements. Elles aiment le bruit, le mouvement, la brillance du soleil. Elles rêvent de feux d'artifice et de chutes Niagara. Moi, je rêve d'une vie de chandelles et de petits ruisseaux.

Je veux être claire, je ne veux pas d'une vie grise et morne. Je ne tiens pas à vivre une vie routinière, loin de là. Je désire une vie calme. L'Autriche, où je viens de passer un peu plus d'une semaine, me permettra d'illustrer mes propos.

Je suis dans un train autrichien en ce moment. Personne ne parle, tout le monde lit ou contemple le fantastique paysage. Il y avait le même genre de calme à la gare. Presque pas d'annonces au micro. On est loin de la France, où l'arrivée de chaque train est annoncée deux ou trois fois, sans parler de ces nombreuses consignes vocales qui nous invitent à constamment faire attention à nos bagages, à ne pas s'enfarger dans la marche ou à s'éloigner de la rame car un train arrive. En Autriche, il y a des panneaux qui expliquent tout cela et ils sont traduits en anglais partout. On attend donc son train en silence ou en parlant discrètement à son voisin. La paix.

Même chose au restaurant. Dans la pension où nous demeurions, près d'Innsbruck, il y avait un beau petit resto. Le premier soir de notre séjour, je me suis inquiétée en voyant une famille composée de 4 adultes et de 4 enfants attablée près de nous. Eh bien j'ai eu peur pour rien, car j'ai pu manger mon risotto aux épinards dans la paix totale. C'est pas compliqué, les adultes chuchotaient aux enfants, qui parlaient eux-mêmes d'une façon très discrète. De nouveau, la sainte paix.

Je pourrais vous donner un tas d'exemples de silences apaisants: au supermarché, à la pharmacie, dans les magasins à rayons, dans les cafés. Partout, c'est calme, lent, respectueux. On dirait que ce pays est une grande bibliothèque ou une église d'autrefois. Dans un monde qui n'arrête pas de communiquer, ce silence est rafraîchissant. Les seuls endroits où cela ne se passe pas ainsi sont les lieux à vocation uniquement touristique. Là, ça parle fort. Je les fuie autant que possible.

La paix des lieux est donc garantie à peu près partout en Autriche. Qu'en est-il de la paix intérieure? Voyager peut être angoissant, vous le savez sûrement. Est-ce que le train va arriver à l'heure, est-ce que les horaires d'autobus sont valides? Vais-je trouver le bon quai? Si vous lisez le blogue de Mat, vous savez que nous n'avons pas pris le même train, en Espagne. C'est extraordinaire l'Espagne, ses oranges, sa sangria, ses tapas et ses tableaux, mais pour la clarté des indications offertes dans les gares, on repassera. Pour une personne faisant un tant soit peu d'anxiété et n'ayant pas été capable d'apprendre à parler espagnol, ce manque de clarté effraie, énerve, exaspère même, parfois. En Autriche, tout est clair, droit, fiable. On peut se fier à l'Autriche. Jamais elle ne nous mentira. Toujours, elle tiendra parole.

L'Autriche est-elle un paradis terrestre pour autant? L'Histoire nous apprend que non. Hitler est quand même né ici et le nazisme a proliféré dans ses vertes collines. Difficile de comprendre comment toute cette haine a pu se développer dans des lieux aussi bucoliques. Comment peut-on faire autrement que de vivre en paix lorsqu'on est ainsi entouré de neiges éternelles, de prés verdoyants et d'oiseaux qui gazouillent au-dessus de champs d'edelweiss? Mystère. Je n'y comprends rien. Peut-être que les habitants de ce pays ont tellement adoré sa beauté qu'ils ont voulu la garder pour eux. Je n'en sais rien.

J'ai changé de train. Je suis en ce moment dans celui qui m'amènera à Mulhouse, en France. C'est le retour des consignes de la dame de la SNCF. Elle me dit toutes sortes de choses que j'aurais pu lire, calmement. Un bébé pleure, j'entends une petite Française crier à sa mère "Je sais que j'ai raison, j'ai toujours raison, il va encore pleurer maman, moi je connais ça maman". J'adore la France, c'est un formidable pays, mais je me sens parfois plus près du calme autrichien que du caractère latin de plusieurs de mes ancêtres. Il ne faut surtout pas généraliser. On ne peut dire que tous les Autrichiens sont calmes et que les Français sont stressés et expressifs. On peut, par contre, sans tomber dans les stéréotypes réducteurs, affirmer que la parole est beaucoup plus présente en France (et au Québec) que dans les pays germaniques.

Il n'y a pas de culture supérieure à l'autre. D'une façon toute relative, je peux facilement établir mes besoins et préférences. Cette semaine autrichienne m'a permis de vivre au calme et je sais que c'est ce à quoi j'aspire à ce moment de ma vie. Est-ce que je retrouverai ce même calme à Rotterdam, Bruges et Bruxelles? J'ai bien hâte de voir.

Le calme est revenu dans le train Zurich-Mulhouse. La dame de la SNCF n'a plus de consignes à donner, le bébé ne pleure plus et sa soeur a arrêté de dire à sa mère qu'elle connait tout. Pour combien de temps? Je vais en profiter pour lire un peu, dans le calme et dans la paix de ce beau lundi après-midi de voyage.

Commentaires

Unknown a dit…
Comme tu sais déjà, voyager comme vous faites n'est pas 'my cup of tea'. Mais je retiens ce que tu dis à propos de l'Autriche. On viens d'arriver d'une semaine dans un 'resort' au Riviera Maya, énorme complexe avec au-dessus de 1500 chambres. Mon mari était malade toute la semaine, mais, j'ai développé 'a heat rash', but I loved it. Because it was big enough that I could always find places to be alone, in silence, and, to people-watch, from a distance. No party pool, swim-up bar for me!! But flying there, airports, I don't know how you do it, Caroline!! Okay, let's just say that today, my birthday, you are 20 years younger than I am!! Bravo!

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