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La fugueuse tranquille

Semaine difficile à la job. Je vous épargne des détails qui ne vous intéresseraient pas de toute façon. Si vous avez occupé un emploi plus d’une semaine dans votre vie, vous connaissez la rengaine : des changements qui s’en viennent, des employés stressés (avec raison), du pouvoir à négocier. Dans le cas du merveilleux monde de l’éducation, s’ajoute au stress normal la pression liée à la fin de session qui approche. Non, je n’aurai pas le temps de tout voir et je devrai courir pour arriver à la ligne d’arrivée. Mes étudiants seront parfois à la dernière minute, parfois découragés, parfois épuisés, parfois même en crise. Je vais arriver à la fin fatiguée et excédée par des demandes d'étudiants full techno, mais qui n'ont jamais d'encre dans leur imprimante la journée de la remise des travaux. J'aurai besoin de prendre un verre pour célébrer la fin de la session, mais je ne saurai pas quoi porter au party de Noël, comme d'habitude.  "It's the most wonderful time of the year". La personne qui a écrit ça n'était certainement pas un prof en fin de session. 

L’année dernière, à ce temps-ci, j’étais à Melbourne. Je profitais de la fraicheur du sud de l’Australie, de ses excellents flat white et j’apprenais à connaitre ce magnifique pays en le visitant avec des gens plus sympathiques les uns que les autres. Les petits plaisirs se trouvaient à chaque coin de rue. La mer n’était jamais trop loin et je respirais bien de nouveau, après des mois vécus dans la chaleur étouffante du sud de l’Asie.

C’est facile de se gâter, en voyage. On a juste ça à faire et notre vie est dédiée à la recherche de ce qui nous fera plaisir. Bien sûr, le parcours de voyageur n’est pas toujours aussi Happy que le chante Pharrell Williams, mais il y a une joie réelle à dépasser les nouvelles embûches que la vie dresse sur notre chemin. Si vous voulez mon avis, le difficile est plus facile à supporter en voyage qu’ici. Je n’étais pas bien à la mosquée de Kuala Lumpur, mais je savais que je sortirais de cet endroit et que j’enlèverais vite ma laide burqa mauve. Je ne peux pas me sauver aussi facilement de ce qui m’irrite, ici.  Je dois affronter la vie alors qu’il est souvent plus facile pour moi de m’en sauver. Pas difficile à comprendre pourquoi j’aime tant voyager. Quelle belle fuite. Quelle jolie fugue.

Ne vous inquiétez pas, je vais quand même bien. Je suis indignée par ce qui se passe dans mon Québec nouvellement austère, j’ai eu peur lors des évènements d’Ottawa il y a quelques semaines et je me pose de solides questions sur mon avenir professionnel, mais sommes toutes, j’aime quand même ma vie. J’arrive à supporter le difficile, à mon travail, grâce aux mini-trucs que voici, qui sont en fait, souvent des mini-fuites:
    

  • J’ai une belle toile bleue peinte par Alix Parisien. Celle-ci m’apaise. Elle me fait penser à la mer et me permet de rêver à la prochaine fois que je me baignerai dans celle-ci au Maine, un jour.
  • Je me suis acheté du très bon café Starbucks et je m’en fais une tasse presque chaque jour. Ce n’est pas un café de Vienne, mais c’est meilleur que celui de la cafétéria. Je me suis aussi acheté des mini-cannettes de Perrier au pamplemousse (qui me font penser à la France) et des succulents speculoos venus directement des Pays-Bas. Quand j’en mange un (souvent avec mon collègue Sorin), je me sens de retour à Rotterdam, le temps de quelques bouchées.
  • Quand je le peux, j’écoute Radio 2. Ça me fait du bien d’écouter Julie Nesrallah et Tom Allen. Ils sont toujours de bonne humeur et je ne me lasse pas de leur voix chaleureuse. Je ne les écoutais pas en voyage. Ici, ils me sont essentiels.
  • Je me suis acheté des post-it et de beaux stylos qui écrivent bien. Parce que je suis restée une petite fille de 10 ans qui jubilait en entrant dans une papeterie. Je possède l'intime conviction que mes phrases sont plus intéressantes quand je les écris avec un beau stylo. C’est irrationnel, mais c’est comme ça. 


Je sais bien que de boire un café ou de manger un biscuit hollandais ne règlera rien. Je sais bien que je ne pourrai comprendre ce qui se passe dans mon école et dans ma province en regardant le bleu du tableau d’Alix et je sais aussi qu’un crayon ne donne pas nécessairement le courage d’écrire ce qui est difficile à dire, mais ces petits trucs de rien m’aident quand même à aimer mes journées, car ils me permettent de respecter l’introvertie qui est en moi et de fuir pour quelques instants une réalité qu’il m’est parfois difficile de supporter. Et quand ça devient vraiment ardu, je rêve à ma prochaine fuite en Nouvelle-Zélande, au Japon et au Népal, dans quelques années d’ici, si tout va bien. 

Je suis une fugueuse tranquille. C’est ma façon de survivre. Même en fin de session. "Tu n'as pas d'encre pour imprimer ton travail? Va à la bibliothèque, il y a des imprimantes...", que je dis, après avoir bu un bon café, tranquille. Ou encore: "Oui, les travaux seront corrigés d'ici la semaine prochaine, laissez-moi juste m'enfermer dans une pièce avec un beau crayon et Radio 2 et je peux faire des miracles." Et oui, j'arriverai à Noël en même temps que tout le monde. Après quelques fugues bien méritées. 

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