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Faire du neuf

Nous avons quitte l'Allemagne hier. Quand Mathieu m'avait propose cette destination, il y a un an, j'avais tout d'abord hesite. Je revais d'Italie, de Provence, de mer et de sable blanc, pour celebrer le debut de mon annee a l'etranger. Je m'imaginais l'Allemagne comme etant un pays de barbeles et de gros egos. J'imaginais des barrieres et des ruines de villes bombardees. J'avais raison et j'avais tort, a la fois.

C'est vrai que l'Allemagne porte les marques de son passe douloureux. C'est vrai que certains Allemands sont impolis. En achetant des trucs au magazin, par exemple, il faut s'imposer, car on vous depasse si vous ne vous affirmez pas. On n'y va pas dans la dentelle, au pays de Goethe et de Schiller... J'ai ete maintes fois destabilisee par la brusquerie de certaines personnes. Mais bon, il y a aussi des personnes brusques au Canada et, surtout, la grande majorite des gens que j'ai reellement pu connaitre se montrent d'une enorme gentillesse, lorsqu'on apprend a les connaitre en profondeur.

Une autre chose me frappe en Allemagne. Bien sur, la destruction est marquee dans le roc de tous ces batiments aneantis par des bombes meurtrieres, mais il ne faut pas s'arreter aux ruines. Le visiteur de l'Allemagne doit, selon moi, reflechir sur ce qui est advenu de tout ce qui a ete demoli. Voila qui nous amene sur un terrain ethique tres interessant: reconstruire ce qui a ete ou faire du neuf?

Cette question m'a hantee, lorsque j"ai visite l'eglise Frauenkirche, a Dresde.
Cette eglise a connu un destin tortueux. Construite entre 1726 et 1753, elle a donne lieu a de magnifiques concerts de Bach et etait consideree comme une merveille de l'architecture baroque. En visitant l'Alte Meister gallery, a notre arrivee, nous avons ete frappe, dans les illustrations de Canoletto, par la grandiloquence de l'Eglise, point central de Dresde, considere alors comme la Florence de l'Allemagne.
J'avais hate de voir ce que les architectes avait fait de l'Eglise, completement detruite par des bombardements des allies en 1945, a la toute fin de la 2ieme guerre mondiale.
De l'exterieur, l'eglise ressemble a ce que j'ai vu dans les peintures de Canoletto. J'ai hate de voir le dedans. De plus, il pleut. Nous pourrons nous abriter un peu.
J'ai ete amerement decue. Lorsque nous rentrons dans l'eglise, nous nous sentons comme si nous etions dans un gros gateau de noces trop sucre, peint aux couleurs pastelles du debut des annees 90. Je me sens comme a Bush Gardens, dans la section ou l'on a tente de recreer l'Allemagne pour les touristes americains. Sauf que je ne suis ni a Disneyworld, ni dans un pavillon de l'Expo 67, je suis en Allemagne, dans une ville qui a tente de recreer (pour les touristes) quelque chose qui n'est plus la.
Il y a, bien sur, plein de touristes. Tout le monde prend en photo l'autel, colore d'un dore qui me donne mal au coeur. Je veux m'en aller, c'est trop sucre.
En sortant, nous voyons un petit escalier qui mene vers un lieu consacre au silence et a la priere. Nous y descendons. Au sous-sol du gateau de noces sont entreposes les restants de la vieille eglise baroque. Les gens font silence, par respect pour ce qui a ete detruit. Je suis impressionnee par les statues qui ont survecu aux bombardements. Impressionnee aussi qu'on ne les aie pas jetees. Je medite sur le sens de la reconstruction. Faut-il absolument reconstruire tout de suite ce qui a ete detruit?
Je ne sais pas ce que la ville aurait du faire. Je n'ai jamais vecu la guerre. Peut-etre a-t-on besoin de faire du neuf pour gommer la souffrance, la mort, le depart de ceux qu'on a aime. Peut-etre que Dresde voulait aussi montrer qu'elle etait correcte, que tout allait bien, tout de suite apres la chute du mur.
Je ne suis ni historienne ni urbaniste et je n'en connais pas assez pour m'exprimer sur la facon dont un peuple devrait se reconstruire, mais je sais une chose: je me sentais mieux avec les statues baroques qui ont survecu les intemperies que dans ce gateau trop sucre. Je peux deduire de cela que je suis rendue a un temps de ma vie ou j'ai plus besoin de regarder la souffrance et le passe en face, plutot que d'essayer de le sucrer avec des illusions. Je sais que certains allemands de mon age pensent la meme chose. Je sais aussi qu'ils sont moins nombreux que ceux qui photographiaient le monstre pastel.
J'espere que les decideurs ne seront pas trop tentes de maquiller leur pays pour que les touristes continuent a le visiter et qu'ils prendront leur temps pour reflechir a la facon qu'ils veulent choisir pour reconstruire un pays qui sera reellement a l'image de ses habitants.
J'ai aime l'Allemagne. J'y ai trouve un reel bonheur, en marchant au bord de l'Elbe avec Katrin ou en mangeant une gelato avec Sandy. J'y reviendrai, c'est certain, car je n'ai pas encore saisi toute la complexite de ce pays qui, comme ses habitants, se laisse tranquillement devoiler, si on a la patience de veritablement aller a sa rencontre.
Si ce n'est pas fait, je vous souhaite de le visiter un jour.
Je vous laisse maintenant, il y a Prague qui m'attend.
Desolee pour les accents, je ne maitrise pas encore le clavier tcheque...

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