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Contrastes et consternation a Vadu Izei, Roumanie

En buvant mon "cappucino" qui ressemble plus a la version Tim Hortons qu'a la version italienne du celebre cafe, je me prends a reflechir a cette region rurale ou je me trouve en ce moment: le Maramures, dans le Nord de la Roumanie.

Imaginez-vous des charrettes, tirees par de vaillants (mais souvent rachitiques) chevaux. Pensez a de vieilles dames qui ne passent pas leurs journees a regarder des episodes de Samedi de rire au Canal D ou a aller bourlinguer au Zellers, mais qui vont au champ travailler a la sueur de leur front et qui reviennent chez elles le soir, a bicyclette parfois, avec le rateau sur le dos. Pensez a des champs sans tracteur, sans machinerie, mais remplis de travailleurs ages, litteralement, de 7 a 77 ans et vous aurez une image un peu plus claire de cette region ou nous passons ces derniers jours du mois de septembre, ou il fait un soleil estival, a la grande joie des paysans qui travaillent de longues heures, en ces temps des recoltes. Le dimanche, les petites filles revetent le costume traditionnel de la region pour aller a la messe, qui dure 3 heures et durant laquelle tous restent debout.

Le Maramures n'est pas qu'un paysage de carte postale ou d'un reportage du canal Evasion. Il est beaucoup plus complexe et multidimensionnel qu'on ne puisse le croire, a premiere vue. Nous avons experimente "live" les constrastes de la region.


Il y a 2 jours, nous revenions de notre epopee que vous lirez bientot sur le blogue de Mathieu. Nous avions vraiment besoin d'une petite consommation, comme on dit au Lac St-Jean. Marchant vers notre terrasse-lounge-depanneur preferee (la seule du downtown de Vadu Izei), nous remarquons avec desolation le bruit d'enfer mene par le camion deversant ce qui allait servir a faire la refection de la devanture de notre bar de predilection. Un peu decourages, nous songeons a rebrousser chemin et a retourner sagement a notre chambre pour y ecouter un delicieux episode de Scooby-doo ou de Tom et Jerry, lorsque nous nous rappelons avoir vu le mot RESTAURANT avant de partir pour notre epopee matinale. Nous nous dirigeons donc vers le dit "restaurant". J'insiste sur les guillemets.


En entrant dans l'etablissement, qui ressemble plus a la Glissoire de la rue St-Louis a Gatineau qu'au Studio 54, nous remarquons illico les tentures brunes faites d'epais corduroy et les bords de fenetres ornes de sacs de chips vides et de jeux de cartes incomplets. Nous aurions du rebrousser chemin et retrouver vers Scooby-Doo, mais que voulez-vous, l'appel de la Ursus (la biere locale) se faisait sentir et nous nous sommes assis. Les 3 "serveurs" nous ont rapidement devisage. Nous les derangions, c'etait evident. On commence par me dire qu'il n'y a pas de biere, puis il y en a. La jeune fille (qui semble avoir 15 ans, au plus) nous apporte, sans verre, 2 grosses Ursus tablettes et ses 2 acolytes, emules blancs de LL Cool J ne semblent pas du tout contents de notre persistence. Qu'a cela ne tienne, nous decidons de faire comme si de rien n'etait et degustons notre pilsner en vaquant a nos occupations normales (pour Mathieu, ecriture de son journal et lecture du "Chateau" de Kafka et pour moi, bricolage dans mon Moleskine qui ressemble de plus en plus a du scapbooking et lecture de mon excellent "Special Topics in Calamnity Physics") Dire que nous ne fittions pas est ce qu'on appelle, en anglais, un understatement. Nous etions incongrus. Completement. Nous ne nous en inquietons pas beaucoup, jusqu'au moment ou entendons la fille rire aux eclats. Je me retourne et je vois qu'elle s'amuse follement (et sexuellement) avec les 2 gars a la fois qui la touchent comme s'ils jouaient dans un film de TQS presente en fin de soiree. La musique, qu'on aurait pu entendre dans un rave de la fin du dernier millenaire, accompagne un chanteur qui dit quelque chose comme "I want to fuck you like a dog". Nous sommes les seuls clients et nous nous demandons jusqu'ou cette mascarade ira. Nous voyons la fille se coucher derriere le bar et nous imaginons ce qu'il lui arrive. Mathieu l'entend dire NON NON, mais moi je l'entends continuer de rire. Si ce n'etait pas de ces rires, je croirais qu'elle est en train de se faire violer. Nous sommes troubles et inquiets pour la jeune fille. Est-elle bien la-dedans?

Heureusement, des clients plus ages (mais deja tres saouls, a 3 h PM!) font leur entree dans notre chic lounge. On est rassure, les jeunes cessent leur jeu. Interloques, nous nous demandons pourquoi ils ont fait cela. Provocation? Volonte de prendre nos bieres si nous nous enfuyons? Volonte de nous dire que nous ne sommes pas a notre place, avec nos livres et nos coloriages? Je n'en sais rien. Quelques minutes apres l'entree des adultes, nous sommes troubles de nouveau, car un de ceux-ci prend la jeune fille sur ses genoux. J'aimerais de plus en plus lui parler a cette jeune fille qui me semble avoir de la difficulte a etablir ses limites, mais la barriere de la langue (et ma gene) m'en empechent.

La jeune serveuse est revenue chercher nos bouteilles. Nous lui avons laisse un pourboire, meme si elle ne s'est pas occupee de nous. On a eu pitie, j'imagine. On a eu peur, aussi. Nous sortons du bar a la fois choques et inquiets. Nous marchons en silence. Au loin, nous voyons un jeune homme a bicyclette. Il enleve sa casquette. Il venait de passer devant une eglise, avons-nous rapidement realise.


Vous ai-je dit que cette region en est une de contrastes?





Commentaires

Anonyme a dit…
Bouuuaaaah!!!!
Ça devait être tellement troublant comme moment!!!!
Comme quoi que tu vas avoir des millions d'histoires à raconter...
J'espère que tu passes tout de même du bon temps en Roumanie, et continues d'écrire, j'adore te lire!! :)
Bonne journée Caro!

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0 comments

Comme vous l'avez probablement remarqué, j'aime mieux m'occuper de mon blogue que de mon jardin. Les premiers jours, j'en étais obsédée. Je prononçais le mot blogue plus souvent que tout autre mot de la langue française et Mathieu (n'ayant pas encore parti son "Let it blogue") était probablement près de mettre ses valises près de la porte, comme môman de la P'tite vie, pour que j'arrête de parler de ma nouvelle obsession. Après des années à remplir des pages de journaux intimes plus pathétiques les uns que les autres, j'ai enfin trouvé une façon d'écrire pour autre chose que mon nombril. Et de plus, j'ai décidé (de façon idéaliste) que si les gens n'aiment pas ce que j'écris, ils n'ont qu'à aller lire ailleurs. Donc depuis une dizaine de jours, j'écris, je colle des images, je me fais un petit scrap book public. J'ai remplacé " Décore ta vie " par " Décore ton blogue ". Pas mal plus construct...

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