jeudi, décembre 13, 2007

Entrer dans la lumière

A ma dernière entrée de blogue (qui ne remonte pas à plus de deux semaines: miracle!), je me disais que j'avais hâte de visiter le musée Picasso, qui pourrait me permettre de capter un peu de la lumière si absente du ciel de Paris. Laissez-moi vous dire que je n'ai pas trouvé la lumière où je pensais la trouver.

Nous nous sommes levés tôt. Il faisait toujours noir quand nous sommes sortis de notre auberge. D'un pas rapide et enthousiaste, nous avons affronté le petit vent frais de décembre et marché dans les rues du Marais, mythique et charmant quartier parisien, que je ne fais que commencer à découvrir. Nous sommes arrivés à 9h15, alors que les portes de musée ouvraient à 9h30. Nous étions les premiers à entrer (gratuitement, car nous avons une carte prouvant que nous sommes profs, héhé! Car être prof, doit bien avoir quelques bénéfices marginaux, à part faire quelques fois et sans trop de remords des photocopies personnelles...) et nous étions heureux et confiants. J'étais même prête à laisser une seconde chance au peintre qui me laisse froide, depuis que j'ai lu la bio de sa xième femme, Françoise Gilot, qui raconte la vie houleuse de ce coureur de jupons invétéré et pas trop correct avec les femmes de sa vie...


Le départ est canon: vite nous entrons au coeur des influences africaines qui ont eu un impact majeur sur les oeuvres du peintre de Guernica. Malheureusement, tout se gâte à partir de la deuxième salle. On nous présente des tas de dessins effectués en préparation des célèbres Demoiselles d'Avignon. Cependant, on ne nous montre jamais (si ce n'est qu'en reproduction), le produit fini. Des textes sont censés éclairer notre compréhension. Or, il aurait fallu un doc en histoire de l'art-orientation cubisme pour les comprendre. Je vous en donne un aperçu:

"Picasso se positionne dans une architectonique d'influence cézanienne et établit un effet de marcottage dans le développement d'une plasticité où l'énigme sensitive dépasse la raison de la courbe gauguienne et post-tribale, annonçant ainsi une rupture de l'épiphénomène artistique et par le fait même l'éclosion de la plate-forme surréaliste."
Si quelqu'un connaît la définition de architectonique, je lui paye une bière...

J'exagère à peine. Au début, mon complexe de l'imposteur à bien sûr surgi: si je ne comprends pas ce langage d'initiés, c'est que je ne suis pas assez intelligente et callée en la matière. Puis, je me suis tournée vers Mathieu, qui ne comprenais rien, lui non plus. On en est finalement venus à critiquer le style des panneaux. Ceux-ci sont là pour nous éclairer et non pour nous obscurcir la vue et nous faire sentir comme des demeurés sans culture et sans littérature. La période cubiste de Picasso est complexe, c'est vrai. Parfois, il n'y a pas de mot pour décrire la proposition artistique d'un génie. Nous avons arrêté de lire et j'ai arrêté de me sentir conne. J'ai commencé alors à voir la lumière qui émanait des tableaux. C'est à ce moment que des employés du musée se sont mis à parler très fort de leurs congés et de leurs pitoyables conditions salariales. Je ne pouvais simplement plus regarder les guitares et les hommes à la pipe de Pablo. Nous avons décidé de partir, plus éteints qu'allumés.

Heureusement, j'avais vu, la veille, une expo qui m'a donné la lumière que j'espérais. C'est l'événement dont tout le monde parle. Il s'agit de l'exposition Courbet, présentée au Grand Palais, monumental édifice construit pour l'Exposition universelle de Paris de 1900.

Je ne connaissais pas du tout le peintre franche-comtois. J'avais entendu son nom et étais passée à côté des salles qui lui étaient désignées au musée d'Orsay.

J'ai été saisie, éblouie, par les oeuvres du peintre. Je ne suis pas historienne de l'art. Je ne possède pas les mots techniques pour vous parler du style ou de la technique employée par Courbet. Si c'est ce qui vous intéresse, désolée.
Par ailleurs, je pourrais vous parler durant des heures de ce qui m'a touchée. Le commentaire, narré sur fond musical de violoncelle et de piano, était d'une poésie à la fois intelligente et compréhensible. En écoutant les narrateurs m'expliquer les oeuvres, je me sentais éclairée, émue, grandie. La beauté des oeuvres est à la fois sombre, lumineuse et saisissante. Courbet est un rebelle qui a peint d'énormes tableaux à partir de scènes croquées dans son village. Il a fait des nus et des portraits époustouflants de douceur et de vérité. Il a peint la mer de façon magistrale.

Ma toile préférée? Le bord de mer à Palavas, m'est particulièrement chère. Palavas est situé à deux pas de Montpellier, où j'ai été si heureuse. Le lendemain de notre arrivée, nos gentils proprios, Hubert et Marie-Pierre, nous y ont conduits. J'avais de la peine à marcher en béquilles et j'étais très heureuse de m'asseoir à une table avec vue sur la mer, pour prendre un café avec Mathieu et ces si gentilles personnes qui ne me connaissaient pas et qui prenaient soin de moi. Après la noirceur de ma blessure bulgare, je me sentais libre comme cet homme qui salue la mer. Je ne fais jamais cela, mais je me suis achetée le sac officiel de l'expo où cette image est imprimée, et un signet, et une carte postale. Peut-être que si j'aime tant cette image, c'est qu'elle me rappelle que même si je me sens au plus profond de la noire nuit bulgare, je peux toujours trouver la lumière, la mer et des amis qui sauront prendre soin de moi.Voilà une petite partie de la clarté que j'ai trouvé chez Courbet. Et que je n'ai pas trouvée chez Picasso.

J'aurais tant à dire encore. Mais je crois que vous avez compris. Et je vais sortir dehors. Pour continuer à tenter de trouver, dans la froideur du soir parisien de décembre, des lumières nocturnes qui seront réchauffer mon âme qui en a bien besoin. Commencer par aller boire un bon latte dans un verre rouge au Starbucks en écoutant Rufus Wainwright me chanter mélancoliquement Noël devrait bien partir le bal. Après, peut-être irai-je voir My Blueberry Nights qui joue partout, et en v.o. en plus. Ou peut-être rentrerai-je chez moi pour lire le numéro spécial "On bitche Sarko" du Courrier international. Tout ce que je sais, c'est que c'est du violoncelle et des belles vagues bleues que j'aurai dans le coeur, et non des toiles abstraites expliquées par des commentaires abscons et incompréhensibles...

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